Les rumeurs vont bon train dans le dossier ABN Amro. Hier, le quotidien espagnol "ABC" a annoncé qu'ABN Amro avait reçu une contre-offre, alors que la direction du groupe néerlandais avait accepté lundi une offre d'acquisition émanant de la banque anglaise Barclays, pour un total de 67 milliards d'euros.

Selon ABC, qui ne cite pas de source, le consortium composé de Royal Bank of Scotland, Fortis et Santander a émis une offre supérieure. Les principaux intéressés se refusent à tout commentaire à cet égard.

Clarification exigée

"Théoriquement, c'est toujours possible", commente Dirk Peeters, analyste chez KBC Securities. "Mais il faudrait en savoir plus sur les modalités de l'accord qui lie ABN Amro et Barclays à Bank of America en ce qui concerne la vente de LaSalle." Cette dernière est une filiale d'ABN Amro localisée aux Etats-Unis. Barclays et ABN Amro se sont mis d'accord pour la vendre, avant la fusion envisagée entre eux, à Bank of America pour un montant de 21 milliards de dollars (environ 15,5 milliards d'euros). C'est là qu'est le noeud du problème. L'accord conclu entre Barclays et ABN Amro prévoit qu'un terme peut être mis à cette vente, moyennant une amende de 200 millions de dollars (à peu près 145 millions d'euros) à Bank of America. L'accord prévoit toutefois que cette hypothèse ne peut se réaliser que "sous certaines circonstances limitées", sans plus de détails. Le fonds TCI, actionnaire activiste d'ABN Amro, exige une clarification car il estime que le flou qui entoure ce pan du dossier empêche le consortium Bank of Scotland, Fortis et Santander d'évaluer correctement la situation.

Un effort de Fortis ?

"Il est capital de savoir si une contre-offre sur ABN Amro permettrait au consortium d'acquérir LaSalle ou, à tout le moins, de récupérer le cash issu de sa vente à Bank of America", estime Dirk Peeters. "Or, le risque est réel que la vente ne puisse pas être annulée." L'avenir de la banque américaine LaSalle semble intimement lié à la contre-offre supposée du consortium. Car l'une de ses composantes, Royal Bank of Scotland, guigne les actifs américains d'ABN Amro. "C'est la banque britannique qui est devenue le partenaire-clé dans la négociation", souligne Dirk Peeters. "LaSalle l'intéresse clairement. Sans cette société opérationnelle, Royal Bank of Scotland pourra tirer moins de synergies et de revenus d'une éventuelle fusion."

Bien sûr, le consortium pourrait toujours émettre une contre-offre en laissant échapper LaSalle. Mais dans ce cas, il faudrait trouver un autre os à ronger pour Royal Bank of Scotland. "Pour Fortis et Santander, le sort de LaSalle a moins d'importance", juge Dirk Peeters. "Les morceaux que ces deux groupes bancaires veulent se trouvent ailleurs (respectivement aux Pays-Bas et au Brésil, NdlR) . Mais ils pourraient être amenés à fournir un effort financier supplémentaire en faveur de Royal Bank of Scotland, dont la part de gâteau serait plus petite en l'absence de LaSalle dans le deal. Pour que l'opération aboutisse, il faut que les trois membres du consortium s'y retrouvent."

Reste à voir s'il n'est pas trop tard pour un tel arrangement.