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Mercredi matin, pas d'agitation particulière dans le hall de l'aéroport de Charleroi, à part les va-et-vient habituels des voyageurs préoccupés par le vol qu'ils s'apprêtent à prendre. Mais le sujet du jour était sur toutes les lèvres. La décision de la compagnie aérienne Ryanair, annoncée la veille, de suspendre toutes ses réservations à partir de et vers Charleroi dès le 12 novembre suscite colère, agacement et incompréhension parmi le public présent. Son commandant de bord en chef, Michael O'Leary est la cible de toutes les critiques. "Il n'est pas à son premier coup d'essai et quand on connaît bien le personnage, on ne peut pas être surpris par sa démarche. Il est clair qu'il veut obtenir quelque chose des dirigeants de l'aéroport et de la Région wallonne. Il profite en même temps de l'occasion pour se faire un coup de pub", sourit Carmelo, le patron de l'unique librairie ouverte dans le terminal. Plus loin, Alixia, une mère de famille se fait du souci, non pas pour le nouveau coup de force de la compagnie irlandaise, mais pour sa fille, adolescente. "Le sujet du jour m'importe peu pour l'instant. On part pour Valence ce matin (NdlR : mercredi) et ma fille a oublié sa carte d'identité à la maison. Je me demande si la personne qui est partie la chercher chez nous à Gesves arrivera à temps pour qu'on puisse prendre l'avion ensemble", lance-t-elle, le regard fixé sur l'horloge. Il est 11h45 et la fin du check-in est fixée à 12h20.

Attitude révoltante

Bercés notamment par les annonces traditionnelles souvent entendues dans un hall d'aéroport, certains passagers affichent une indifférence à l'égard de la compagnie. Mais le dédommagement d'un million d'euros réclamé par la compagnie en interpelle plus d'un. "C'est du chantage de la part des dirigeants de la compagnie. Ils ont bénéficié d'importants subsides de la Région wallonne lors de leur installation à Charleroi et aujourd'hui, ils viennent réclamer des dommages et intérêts. C'est un manque de reconnaissance", déclare Christophe Mairesse. Il est venu de Mons accueillir "la famille" qui revient de Rome sur un vol de Ryanair. "L'attitude de la compagnie est révoltante, ce n'est pas une bonne façon de négocier ou de traiter ses partenaires. La Région wallonne ne doit pas céder à ce type de pression. Ryanair exagère. Tant pis si elle s'en va, d'autres compagnies sont prêtes à prendre sa place ici", tonne Geneviève, une grand-mère, tirant une poussette de bébé vide.

Question de marketing

Des voyageurs prennent le parti des agents de sécurité dont le mouvement de grève a été à l'origine du blocage de l'aéroport carolo à la mi-juin dernier. Ils soupçonnent Ryanair de vouloir faire pression sur les autorités wallonnes pour obtenir une limitation du droit de grève. Mais "les Wallons ne doivent pas céder à cet odieux chantage. C'est seulement avec la Région wallonne que Michael O'Leary se comporte ainsi. Sa compagnie a été confrontée à des grèves en Italie et en Espagne, il n'a jamais été question de dédommagement dans ces pays-là", réagit un patron d'une PME en partance.

Principales cibles dans le collimateur de Ryanair, les agents de sécurité se refusent à tout commentaire à visage découvert. Mais sous couvert d'anonymat, ils défendent leur mouvement des 15 et 16 juin et sa finalité. "L'objectif de la grève n'était pas d'embêter Ryanair, ni BSCA (gestionnaire de l'aéroport de Charleroi), ni la Région wallonne. Nous défendions juste notre emploi et notre statut. Ryanair profite aujourd'hui de la situation et, en passant, fait de nous son bouc émissaire", martèle un jeune agent du Met.

Il est sorti pour fumer une cigarette en compagnie d'un collègue relativement plus âgé. Ce dernier embraye. "La décision de Ryanair est une question de marketing et de gros sous. Nous sommes prêts à repartir au front si la Région wallonne ne tient pas ses promesses à notre égard. N'en déplaise à Michael O'Leary qui veut faire sa loi à Charleroi", dit-il. Ils suivront avec attention l'issue de la discussion de ce jeudi entre la compagnie et BSCA à Dublin.