Le voyage des dirigeants de l'aéroport de Charleroi à Dublin jeudi n'aurait pas totalement dissipé les nuages dans le ciel de l'aéroport carolorégien. Et selon nos informations, arrivés le matin, Marcel Buelens, l'administrateur délégué de BSCA (gestionnaire du site) ainsi qu'Edmée De Groeve, la présidente et Philippe Buelen, le chef de cabinet du ministre André Antoine (CDH) ont dû attendre des heures avant d'avoir, dans l'après-midi, un entretien d'environ une demi-heure avec Michael O'Leary, le patron de Ryanair. "Nous avons eu une discussion franche et constructive. Mais la situation reste préoccupante. La compagnie ne remet pas le droit de grève en cause, mais sans une paix sociale, elle ne lèvera pas la suspension des réservations et pourrait même désinvestir à Charleroi", nous a confié Philippe Buelen. D'après lui, le respect de l'accord signé en juin entre l'exécutif wallon et les syndicats devrait ramener le calme sur le tarmac carolo. Le texte de juin confirme la création d'une filiale détenue majoritairement (51 pc) par le pouvoir public à Liège-Airport et à Charleroi. Le reste de l'actionnariat sera aux mains des sociétés gestionnaires de chacun des deux sites régionaux (BSCA à Charleroi, SAB à Liège).

Ce sont les deux filiales qui s'occuperont des activités de sécurité et de sûreté à Liège-Airport et à Charleroi. Les agents du Met qui accepteront de rejoindre les nouvelles sociétés auront une garantie d'emploi, de salaire et pourront revenir dans l'administration s'ils ne sont pas satisfaits de leur sort. La première mouture des textes finaux n'a pas satisfait les syndicats.

Déblocage en vue ?

Des contacts sont prévus ce vendredi ou dans les tout prochains jours pour rassurer davantage les agents du Met sur leur sort. C'est leur grève du 15 juin dernier qui a bloqué l'aéroport carolo (et temporairement celui de Liège) et qui est aujourd'hui à l'origine du coup de force Ryanair. Pour rappel, la compagnie irlandaise à bas tarifs a annoncé mardi qu'elle suspendait, dès le 12 novembre, toutes ses réservations à Charleroi.

Elle exige aujourd'hui une paix sociale (ou un service minimum en cas de grève des agents de sécurité) pour éviter tout blocage de ses avions à l'avenir. Elle l'a encore répété à ses partenaires jeudi à Dublin. Ryanair attend une confirmation écrite des propositions faites par la Région wallonne et qui doivent lui garantir une liberté d'action à Charleroi pour lever la suspension. Si la confirmation est faite ce week-end, "nous remettrons les places en vente dès ce lundi", nous a déclaré David Gering, directeur commercial de Ryanair pour le Benelux. Quid du dédommagement d'un million d'euros ? "Cet argent n'a jamais été notre priorité, l'important est d'éviter que nos avions soient bloqués et que les passagers soient pris en otage", répond-t-il.

Le ministre André Antoine espère "pouvoir finaliser rapidement un texte écrit qui tient la route ce week-end ou lundi et l'envoyer à Ryanair. Mais chacun doit faire un effort. Les uns doivent modérer leurs propos et les autres doivent assurer la garantie d'exploitation à Ryanair".

Selon des indiscrétions, la garantie d'une paix sociale pourrait provoquer l'annonce de l'ouverture de nouvelles liaisons au départ du tarmac carolo.

Le "coup" de Michael O'Leary, le patron de Ryanair a montré que l'aéroport carolo intéresse d'autres opérateurs aériens. Jetairfly.com avait indiqué mercredi qu'elle était prête à reprendre les lignes qui seraient délaissées par la compagnie irlandaise. Hier, Pierre Fernémont, porte-parole de BSCA a déclaré que l'aéroport prenait la proposition au sérieux.