L'offre à 748 millions d'euros a pour l'instant été fermement repoussée par la direction d'Aer Lingus qui, entre autres arguments, a jugé le prix proposé trop faible. La Commission européenne s'est donné jusqu'au 12 février pour examiner le projet de Ryanair. A cette date, soit elle donnera son feu vert, le cas échéant avec des conditions, soit elle lancera une enquête approfondie.

Ryanair, qui s'est déjà entretenu avec le conseil d'administration d'Aer Lingus et le syndicat des pilotes (les employés d'Aer Lingus possèdent 18,3% de la compagnie), a indiqué vendredi espérer "rencontrer prochainement" le ministre des Transports pour lui exposer ses vues. Le gouvernement irlandais possède 25,1% d'Aer Lingus.

La compagnie à bas prix a cependant menacé vendredi de ne pas s'engager dans la "phase 2" de l'enquête de la Commission européenne, c'est-à-dire l'enquête approfondie, "à moins d'avoir le soutien des actionnaires d'Aer Lingus, et notamment une acceptation de l'offre soit par le gouvernement soit par les employés".

Ryanair, qui traverse très bien la crise économique jusqu'à présent, gagnant des passagers grâce à ses tarifs bas là où beaucoup d'autres en perdent, semble avoir décidé de mettre les actionnaires sous pression, à un moment où l'Irlande est déjà en récession. Elle rappelle ainsi, à l'attention du gouvernement, son engagement de créer 1.000 emplois chez Aer Lingus en cas de succès de l'offre.

"Nous nous engageons à assurer l'avenir de Aer Lingus à un moment où elle a, selon nous, été dépassée et isolée par l'accélération rapide de la consolidation des compagnies aériennes européennes", a remarqué dans le communiqué Michael O'Leary, le directeur général de Ryanair. "Nous pensons que 2009 sera une année sinistre pour Aer Lingus et ses actionnaires, avec des pertes (nettes) substantielles, assorties d'un trou important dans ses fonds de pension", a-t-il ajouté.

Mais, a-t-il précisé, "nous n'avons pas l'intention de perdre notre temps, ou de faire perdre celui du gouvernement irlandais ou de la Commission européenne au cours des six prochains mois, si les actionnaires d'Aer Lingus ne veulent pas de la seule offre de fusion actuellement disponible pour assurer l'avenir de la compagnie".

Ryanair, qui possède elle-même 29,82% de sa proie, n'avait reçu des acceptations supplémentaires à son offre à 748 millions euros qu'à hauteur de 0,01% le 5 janvier. Dans son communiqué de vendredi, elle rappelle que son offre est ouverte jusqu'au 13 février --ce qui correspond quasiment à la fin du premier examen de la Commission-- et qu'elle peut en changer les termes, dont le prix, jusqu'au 30 janvier.

De surcroît, M. O'Leary a ouvertement reconnu ensuite que ce prix pourrait être relevé légèrement : "Si le gouvernement (irlandais) venait nous trouver, en disant : +Nous sommes intéressés par une vente de notre part mais pas à ce prix, pouvons-nous négocier ?+, je pense que nous serions, dans des proportions raisonnables, ouverts à négocier avec l'ensemble des actionnaires la possibilité d'une petite augmentation du prix, si cela pouvait aboutir à un accord", a-t-il affirmé sur la radio RTE.

Lors d'une conférence de presse à Dublin, il a précisé qu'il était toutefois hors de question de porter le prix de l'offre à deux euros l'action. "Nous ne sommes pas débiles et nous ne paierons pas un prix débile", a-t-il lancé, avec sa franchise habituelle, remarquant qu'avant l'offre, le cours d'Aer Lingus évoluait autour de 1 euro.

L'action d'Aer Lingus valait 1,60 euro vendredi à la mi-séance. Ryanair avait déjà proposé de racheter Aer Lingus en 2006, pour un prix exactement double (2,80 euros par action), quelques jours après la mise en Bourse de sa rivale, qui avait déjà combattu cette offre. Ryanair avait fini par abandonner, d'autant que la Commission européenne s'était opposée également à son offre. Mais plusieurs analystes ont déjà considéré que l'offre actuelle avait davantage de chances de réussite, étant donné le mauvais climat économique en Irlande.