Drôle d’affaire : la première compagnie low cost d’Europe décide d’installer une base à Bruxelles-National et, du côté de Zaventem, on explique que personne n’était vraiment au courant de la manœuvre… Simple jeu de rôle dont l’objectif serait de ne pas froisser son premier client, la compagnie belge Brussels Airlines ? Du côté de Brussels Airport, on s’en défend. "Nous n’étions pas du tout au courant des intentions de Ryanair avant d’en découvrir la teneur sur leur site Internet mardi. Si Ryanair opère depuis notre aéroport, nous n’avons pas le droit de les en empêcher dès lors que la compagnie dispose des ‘slots’ (droits de décollage) et paie les redevances à l’aéroport. Enfin, cette initiative de Ryanair cadre difficilement avec la stratégie de Brussels Airport qui vise à créer un hub pour ‘Star Alliance’", nous a expliqué Jan Van der Cruysse, porte-parole de l’aéroport. On en restera là pour la communication.

Un certain embarras régnait hier dans les couloirs de Brussels Airport. Mais, au fait, Brussels Airport y gagnera-t-il? Sur le papier, l’arrivée de Ryanair est une bonne nouvelle pour l’aéroport national qui pourrait engranger à terme 1,5 million de passagers supplémentaires par an. Pas négligeable pour un aéroport dont la fréquentation devrait atteindre 19 millions de passagers cette année. Et cela alors que le secteur n’est pas encore totalement sorti de la crise et que l’aéroport n’a pas encore retrouvé ses niveaux de fréquentation de l’ère Sabena (la fréquentation était alors de 21,6 millions de passagers). L’arrivée de Ryanair à Bruxelles devrait stimuler la concurrence sur certaines lignes où la surcapacité devrait faire baisser les prix. Tout bénéfice pour le consommateur. Mais l’équation économique pour Zaventem doit tenir compte d’une inconnue de taille : ce que Brussels Airport va gagner d’un côté, ne risque-t-il pas de le perdre de l’autre ? En d’autres termes, l’arrivée de Ryanair ne va-t-elle pas fragiliser Brussels Airlines, au point de menacer sa survie (lire par ailleurs) ? C’est la grande question du moment et la grande crainte qui circule dans les hautes sphères de Brussels Airport.

Pour rappel, Brussels Airport est détenu à 75 % par un consortium d’actionnaires privés, dont le groupe australien Macquarie, et à 25 % par l’Etat qui dispose de trois représentants au conseil d’administration. On peut imaginer que les premiers soutiennent la venue de Ryanair, là où l’Etat et ses représentants seraient davantage soucieux de préserver les intérêts de Brussels Airlines qui compte parmi ses actionnaires… la Région bruxelloise et la Région flamande. Brussels Airport a peut-être hérité avec Ryanair d’un cadeau empoisonné…

Toutes les destinations de Ryanair au départ de Zaventem (Infographie La Libre Belgique)

La demande de slots à Brussels Airport a eu lieu pendant la conférence de presse

La compagnie aérienne low cost irlandaise Ryanair a effectué sa demande pour des slots à Brussels Airport à l'instance compétente BSC mercredi matin, soit pendant la conférence de presse que donnait le CEO Michael O'Leary à Bruxelles pour annoncer l'arrivée de sa compagnie à Zaventem, a appris l'agence Belga jeudi. Ryanair n'aura aucun problème pour disposer de ces slots, c'est-à-dire des créneaux disponibles pour les vols, pendant la saison d'hiver. Belgium Slot Coordination (BSC), l'asbl indépendante chargée d'accorder les slots à Brussels Airport, a reçu une demande émanant de Ryanair mercredi matin. BSC a envoyé une offre à laquelle Ryanair doit répondre endéans les trois jours.

La compagnie low cost ne dispose donc officiellement pas encore des slots mais elle met des tickets en vente pour l'aéroport de Zaventem depuis jeudi. "Cela ne constitue pas un problème", explique Didier Hocq, directeur général de BSC. "Les compagnies aériennes ne doivent pas attendre de disposer des slots pour mettre des tickets en vente."

Pour ce qui est de la saison d'hiver, qui dure jusque fin mars, Ryanair ne rencontrera aucun problème pour disposer de créneaux à Brussels Airport. La saison d'été pourrait, elle, s'avérer plus complexe à gérer, selon BSC. "Mais nous devrions néanmoins trouver des solutions, étant donné que nous en sommes à un stade initial du processus", indique M. Hocq.

Le directeur de BSC avoue un certain agacement quant au caractère tardif de la demande de Ryanair. "La société aurait pu prendre contact avec nous plus tôt, étant donné que les slots pour la période d'été sont en discussion depuis le mois d'octobre."

Michael O'Leary a expliqué mercredi ne pas se préoccuper outre mesure des slots, vu que "Brussels Airport est de toute façon à moitié vide". "Il n'y a pas de problème de capacité à Zaventem, comme c'est par exemple le cas à l'aéroport de Heathrow (Londres). Nous sommes encore loin de la production de 2008", souligne enfin BSC.