Les grandes manoeuvres continuent dans le secteur bancaire. Hier, on a appris que la première banque espagnole, Santander, avait vendu, à la surprise générale, la banque italienne Antonveneta. Elle venait à peine de la récupérer sur la dépouille d'ABN Amro, réalisant une belle opération financière, largement saluée à la Bourse.

La banque italienne Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS) a en effet annoncé jeudi le rachat d'Antonveneta, banque régionale du nord de l'Italie, pour 9 milliards d'euros, un prix largement supérieur à celui qu'avait mis Santander sur la table quelques semaines auparavant. Antonveneta était un des trophées ramené par Santander lors de l'opération d'achat du néerlandais ABN Amro par le consortium Royal Bank of Scotland, Santander et Fortis.

Cette vente surprise a permis au groupe Santander d'annoncer immédiatement qu'il renonçait à un projet d'augmentation de capital de 4 milliards d'euros. A la Bourse de Madrid, Santander, deuxième capitalisation de l'indice Ibex, a terminé en forte hausse, de 3,88 pc à 15 euros, propulsant l'indice à son record.

L'Italie "reste attractive"

Santander a précisé qu'il avait décidé de vendre Antonveneta parce qu'elle était trop petite pour lui offrir rapidement une position intéressante en Italie. "Sa position de marché est relativement petite, il aurait fallu des investissements de croissance organique et peut-être externe soutenus à long terme pour bâtir une présence nationale importante", selon un communiqué. "C'est pour cela que la banque a décidé d'accepter l'offre de BMPS d'acheter Antonveneta à un prix de 9 milliards d'euros, chiffre significativement supérieur aux 6,6 milliards d'euros auxquels avait été estimée Antonveneta lors de l'OPA sur ABN Amro", a expliqué le patron du géant bancaire espagnol, Emilio Botin, dans une lettre aux actionnaires.

La vente offre aussi à Santander une marge de manoeuvre inespérée. Le groupe avait calculé que l'achat des actifs d'ABN (Antonveneta et Banco Real au Brésil) lui coûterait 20 milliards d'euros. A cette fin, elle a notamment émis 7 milliards d'euros de titres convertibles en actions, contracté une dette de 4 milliards d'euros et prévu aussi une augmentation de capital.

Ces providentiels 9 milliards, "rendent caduque la nécessité de l'augmentation de capital de 4 milliards", affirme M. Botin, tout en ramenant à 11 milliards la somme déboursée pour l'ensemble de l'opération ABN. L'Italie reste toutefois un marché "attractif" pour Santander, qui y est déjà présent par une filiale de crédit à la consommation et de banque privée. De plus, la transaction annoncée jeudi ne comprend pas Interbanca, filiale de banque d'investissement de Banca Antonveneta. Mais la priorité de Santander reste le Brésil, "où le potentiel est très important", selon un communiqué de la banque espagnole. (AFP)