La côte espagnole est de plus en plus belge si l’on en croit les derniers chiffres des notaires espagnols. En 2013, ces derniers ont ainsi enregistré 2 501 acquisitions d’appartements, maisons ou villas de Belges en Espagne. Un record. Ce chiffre était ainsi deux fois moindre en 2011 et cinq fois inférieur en 2008 (voir infographie). Nos compatriotes ont donc largement profité des effets de la crise immobilière espagnole. Pour rappel, les prix ont chuté en moyenne de 40 % depuis 2007 dans le pays. Et malgré une très timide reprise économique ces derniers mois, les prix des biens immobiliers restent au plancher : des appartements deux chambres avec vue sur mer se négocient ainsi encore aux environs de 110 000 euros à la Costa del Sol (sud de l’Espagne).

Moins d’Anglais, davantage de Belges

La Belgique devient donc la quatrième nation étrangère en terme absolu d’acquisition de biens immobiliers en Espagne en 2013, derrière la Russie, la France et le Royaume-Uni qui reste en tête mais perd chaque année "des parts de marché" (39 % des acquisitions étrangères en 2007 contre 15 % en 2013). " Il n’est pas rare de voir des Britanniques, très actifs avant l’explosion de la bulle immobilière espagnole, vendre leur bien à des Belges" , souffle David Zapico, agent immobilier belgo-espagnol installé en Espagne. L’euro fort peut également expliquer le moindre intérêt des sujets de Sa Majesté pour la douceur de l’Espagne.

La Belgique reste donc derrière le Royaume-Uni, mais, fait inédit en 2013 : les Belges devancent désormais les Allemands, pourtant friands du soleil ibérique. L’année dernière, un acheteur étranger sur douze était belge.


Incompréhension des Espagnols

Côté espagnol, on s’étonne de cette ruée noir-jaune-rouge. "Si l’on prend ces chiffres et on les compare à la population, les Belges occupent une participation inégalable dans le marché de seconde résidence , explique un notaire local. En tenant compte de la moyenne par habitant, aucun autre pays n’achète autant de logements en Espagne." Dans la presse espagnole, on ne voit aucune "cause directe" qui explique cette véritable poussée belge.

David Zapico (Zapinvest) a une petite idée sur la question. Il pointe certaines spécificités de notre pays : un record d’épargne et une certaine méfiance des Belges envers la Bourse. " Beaucoup de nos clients belges nous expliquent aussi que le sud de la France est devenu impayable pour eux."

Le succès de la DLU (amnistie fiscale) et le fait que notre pays aurait été relativement moins touché que nos voisins par la crise peuvent être d’autres raisons. Quelles qu’en soient les causes, Zapinvest, société spécialisée dans cette clientèle belge, a connu une année 2013 " exceptionnelle" . "Nous avons quasiment doublé (de 100 à 200) le nombre de nos transactions entre 2012 et 2013 , explique David Zapico. Pourtant, les chiffres de septembre à décembre 2012 avaient déjà été exceptionnels pour le secteur car le taux de TVA était temporairement à 4 % au lieu de 10 % dès le 1er janvier 2013."

Davantage qu’un simple lieu de villégiature, l’acquéreur belge, qui a, en moyenne, entre 45 et 60 ans, veut un retour sur investissement de son bien immobilier espagnol. Or, si les prix de vente ont chuté, ce ne serait pas le cas de ceux de la location. "L’Espagne est redevenu le pays le plus visité au monde en 2013" , indique l’agent immobilier belgo-espagnol.

La fin des constructions folles

Autre constat : le Belge est peu aventurier et achète rarement en dehors des très prisées Costa del Sol et Blanca (Alicante). " Mais ce sont deux marchés bien distincts. A la Costa del Sol, on ne construit quasiment plus : il y a un surstock de biens immobiliers. Ce n’est pas le cas à la Costa Blanca, même si on n’y voit plus des constructions de quinze étages."

Si l’immobilier de seconde résidence devait reprendre doucement, le marché "local" est encore à la traîne. A ce niveau, les notaires ont constaté le recul très net des acquéreurs équatoriens, roumains ou marocains, soit des étrangers venus en Espagne pour travailler. "L es conditions d’accès au crédit restent très difficiles pour la population locale" , conclut David Zapico.