Les Grecs ont terminé l’année 2012 comme ils l’ont commencée. Avec des grèves, des augmentations d’impôts, des nouvelles baisses dans les salaires et surtout un nouveau scandale. Celui qui mêle d’encore plus près l’ancien ministre des Finances, le socialiste Giorgos Papakonstantinou, à l’affaire de la liste Lagarde. Une liste qui contient 2 062 noms de Grecs ayant des comptes dans la filiale suisse de la banque HSBC et que l’ancienne ministre française des finances, Christine Lagarde - d’où son nom -, avait confiée fin 2010 à son homologue grec afin qu’il procède à des vérifications dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale.

Giorgos Papakonstantinou n’en a rien fait et c’est là le premier scandale de l’affaire. Le second, celui qui vient d’éclater, c’est que, selon les autorités judiciaires qui mènent l’enquête, Giorgos Papakonstantinou aurait effacé de cette liste 4 noms. Celui de ses cousines et de leur époux qui avaient des comptes en Suisse pour un montant de 1,2 million de dollars. L’ancien tsar de l’économie nie et crie au complot. Il souligne pour sa défense que, d’une part, c’est lui qui a demandé à la France de l’aider dans sa lutte contre la fraude fiscale (ce qui est vrai) et que, d’autre part, s’il avait voulu protéger les siens en effaçant leurs noms de la liste, il en aurait effacé d’autres afin de brouiller les pistes.

Certes, mais là ou le bât blesse, c’est qu’il ne peut expliquer à personne le cumul des gaffes : comment a-t-il pu perdre une liste donnée sous forme de CD ? Pourquoi ne l’a-t-il pas donnée à ses collaborateurs avec un numéro d’enregistrement confidentiel comme l’impose le règlement afin que l’on sache dans quelles mains se trouve ces documents ultrasensibles ? Enfin, pourquoi n’a-t-il rien tiré de cette liste ? C’est d’autant plus rageant que l’Espagne qui a eu en main une liste similaire avec ses nationaux indélicats a récupéré 6 milliards d’euros !

Selon les déclarations de Giorgos Papakonstantinou devant la commission parlementaire qui l’a interrogé, il ne sait pas comment l’original de la liste a disparu. Toujours est-il qu’une copie de cette liste s’est retrouvée entre les mains du procureur chargé de pister la fraude fiscale, Yiannis Diotis. La liste fut ensuite transmise au ministre Evángelos Venizélos.

Yiannis Diotis expliquera plus tard "qu’il n’avait aucune directive claire de la part de ses supérieurs". On croit rêver ! Reste qu’Evángelos Venizélos ne fera rien lui non plus de cette liste. Cela devient ubuesque. Les deux ministres des Finances qui procédaient aux coupes salariales, aux baisses des retraites, à l’augmentation des taxes et des impôts ne font rien de cette liste qui aurait pu être la poule aux œufs d’or pour les caisses de l’Etat.

Pire, jusqu’en novembre 2011 la liste Lagarde était perdue en Grèce. C’est là qu’intervient le journaliste grec, Kostas Baxevanis qui, lui, la retrouve et la publie in extenso. Sa liste comporte 2 059 noms. Il sera traîné devant les tribunaux pour cela. Mais du coup Athènes est obligée de demander à Paris une nouvelle copie de cette liste afin de vérifier si celle publiée était bien authentique. C’est là que l’on voit qu’il manque 4 noms à l’appel. Dès lors, tout va très vite. Trop vite, selon le député Odysseas Voudouris qui refuse de signer la demande d’enquête parlementaire sur Giorgos Papakonstantinou, et qui fustige Evángelos Venizélos second suspect de cette affaire qui a exclu personnellement Papakonstantinou du Pasok. Pour ce député de la gauche démocratique, " l’enquête ne doit pas se limiter à Papakonstantinou. Elle doit inclure tous ceux qui ont touché à cette liste", souligne-t-il. "O n veut réduire à une personne, un scandale qui concerne tout le mécanisme politique du pays. C’est inadmissible." Effectivement, mais ce n’est pas la première fois que cela arrive en Grèce.