Sega serait sur le point de rendre les armes dans la guerre des consoles de jeux. Sans constituer une réelle surprise, cette nouvelle a fait mercredi l'effet d'une bombe, se propageant sur Internet à la vitesse de l'éclair. Depuis quelques jours déjà, des rumeurs affirmaient que la société, dont les trois dernières consoles n'ont pas rencontré le succès escompté, pourrait se reconvertir dans la production de jeux pour les machines concurrentes produites par Sony, Nintendo et bientôt Microsoft. Une thèse confortée par une information du journal japonais Nihon Keizai Shimbun selon laquelle Sega arrêtera purement et simplement la production de sa console «Dreamcast» à la fin du mois de mars.

UN PROBLÈME DE MARKETING

Cette nouvelle, qui a été démentie vigoureusement par la filiale américaine de Sega mais beaucoup moins par la maison-mère japonaise, où l'on avoue que des jeux sont en développement pour la «Playstation 2» et pour le «Game Boy» de Nintendo, a fait remonter le titre de la société à la Bourse de Tokyo. Malgré un succès relatif en Europe et aux États-Unis, la «Dreamcast» n'a en effet jamais réussi à véritablement décoller au Japon, avec pour résultat que Sega a annoncé dernièrement une perte de 32,5 milliards de yens (environ 11,7 milliards de francs) au premier semestre de son année comptable.

Chez Atoll Soft, le distributeur des produits Sega pour le Benelux, on préférait jouer mercredi la carte de la prudence. «Aucune information officielle ne nous est encore parvenue du Japon» , dit Daniel Janssens, le directeur de la société basée à Tubize. «Mais les nouvelles mettent parfois du temps à parvenir jusqu'à nous.» Pour lui, l'échec de la «Dreamcast» est avant tout dû à une stratégie marketing bien moins efficace que celle déployée par Sony pour le lancement de sa «Playstation 2» par exemple. «Dès la commercialisation de la Dreamcast, il y a un peu plus d'un an, nous savions que le Benelux ne disposerait d'aucune ressource marketing, explique-t-il. Malgré cela, nous avons réussi à écouler plus de 20.000 consoles et entre 80.000 et 100.000 jeux dans le Benelux, dont 60pc en Belgique, où la «Dreamcast» a bien fonctionné. Pour pouvoir atteindre l'objectif de départ, qui était de 80.000 à 100.000 consoles en 3-4 ans, il était cependant prévu que nous fassions une sorte de second lancement, à un niveau de prix inférieur. Or, de ce côté-là, il n'y a toujours rien de concret en provenance de Sega.»

En attendant, c'est la consternation du côté des utilisateurs de la «Dreamcast». D'autant plus que Sega venait de sortir «Chen Mue», un des jeux vidéo les plus aboutis mais aussi les plus onéreux de l'histoire (plus de 260 millions de francs). Une suite à ce jeu est d'ailleurs toujours d'actualité puisqu'en tout, Sega devrait sortir encore une centaine de titres pour «Dreamcast» cette année.

© La Libre Belgique 2001