Le premier sidérurgiste russe, Severstal, a annoncé vendredi son intention d'entrer en Bourse à Londres avant la fin de l'année pour continuer à grandir, après l'échec mordant de son projet de fusion en juin avec le géant européen Arcelor qui lui a préféré l'indien Mittal.

Cette offre "représente une nouvelle étape importante dans la stratégie de croissance à long terme de Severstal", explique Alexeï Mordachov, le patron du groupe et son principal actionnaire, dans un communiqué.

"Nous sommes déjà l'un des producteurs mondiaux d'acier les plus gros et les plus rentables et nous nous fixons pour objectif de devenir un leader de la consolidation du secteur", ajoute-t-il, sans préciser quelle somme il comptait lever par cette opération.

La presse et les analystes à Moscou estiment cependant que Severstal devrait proposer aux investisseurs internationaux de 10% à 30% de son capital, ce qui lui permettra de disposer des moyens financiers nécessaires à d'éventuels projets d'acquisitions.

Cette opération a deux buts, selon Iouri Vlassov, analyste de la société d'investissement Renaissance Capital: "l'un est d'obtenir de nouveaux capitaux mais l'autre, aussi important, est d'être coté à la Bourse de Londres, une base indispensable en vue de futurs projets de fusions et acquisitions".

Le groupe anglo-néerlandais Corus, neuvième producteur mondial d'acier, pourrait être une cible d'acquisition pour Severstal, estime M. Vlassov, alors que ce groupe est l'objet de nombreuses convoitises, dont celles de l'indien Tata Steel.

La capitalisation boursière de Severstal, dont quelque 7% des actions sont échangées sur les deux principales places boursières de Moscou, est à présent de 10,9 milliards de dollars.

En juin dernier, les actionnaires d'Arcelor s'étaient prononcés en faveur d'une alliance avec l'indien Mittal votant contre un projet de fusion entre Severstal et Arcelor, un projet fortement soutenu par le patron du géant européen Guy Dollé.

L'échec de cette transaction, qui avait apparemment reçu la bénédiction du président russe Vladimir Poutine, a été ressentie comme un affront à Moscou et comme le signe de la résistance des Occidentaux à l'expansion économique russe.

Les actionnaires d'Arcelor s'étaient effrayés du poid important qu'aurait pu prendre le milliardaire russe Alexeï Mordachov dans le géant européen, alors que le projet de fusion lui attribuait 32% de l'actionnariat du groupe fusionné.

M. Mordachov détient à présent 90% du capital de Severstal, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 11,57 milliards de dollars en 2005. Pour amadouer les investisseurs, le groupe a décidé de donner des gages de transparence pour réussir son entrée en Bourse, en annonçant notamment que la moitié de son conseil d'administration serait composée de membres indépendants.