Invité à la tribune du Cercle de Lorraine, Marc Descheemaecker a présenté, jeudi, les défis que doit relever l'opérateur SNCB dans les cinq prochaines années. L'administrateur délégué ne manque pas d'ambitions pour l'entreprise d'environ 20 000 cheminots. Pour le fret (B-Cargo), après les années sombres marquées en 2002 par une perte de près de 340 millions d'euros, l'activité est aujourd'hui sur la voie d'un total assainissement. "Le fret a réalisé un chiffre d'affaires de près de 800 millions d'euros en 2007 et un EBITDA (résultat opérationnel) négatif d'un million d'euros. L'objectif est d'arriver à un EBIT (résultat net) de 50 à 60 millions d'euros à l'horizon 2012-2013 et un chiffre d'affaires d'environ un milliard d'euros pour pouvoir faire des investissements. Deutsche Bahn gagne de l'argent dans le fret, pourquoi pas nous. Les syndicats doivent comprendre que la concurrence veut que ce soit le meilleur qui gagne et il y a aujourd'hui 7 concurrents en Belgique", a indiqué Marc Descheemaecker.

Réaliste, il s'attend ce que B Cargo cède un peu de sa part de marché (PDM) qui est aujourd'hui d'environ 93 pc. "Il n'est pas illogique qu'on se retrouve à environ 80 pc de parts de marché comme en Allemagne. Par conséquent, nous devons en regagner en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Nous sommes condamnés à chercher l'expansion à l'extérieur", martèle-t-il. Actuellement, les wagons de B Cargo traversent déjà les frontières et vont dans à Duisburg, à Rotterdam et à Mulhouse. Il refuse à se laisser avaler par un concurrent et veut faire de B Cargo un opérateur indépendant et flexible. Au total, l'activité fret de la SNCB occupe environ 6 000 cheminots. Reste à savoir si la crise, qui frappe aujourd'hui le secteur automobile et les sidérurgistes (les principaux de B Cargo), ne risque pas de doucher les ambitions du patron de la SNCB.

Une distribution rentable

En ce qui concerne le trafic international de voyageurs (Thalys, Eurostar, etc.), Marc Descheemaecker juge le résultat positif (une première depuis des années) d'environ 10 millions d'euros de 2007 sur un chiffre d'affaires de 200 millions encore insuffisant. "Nous devons pouvoir aller vers un résultat qui représente 10 pc du chiffre d'affaires (NdlR : environ 20 millions d'euros)", dit-il. Le défi, d'après lui, est que les partenaires de l'activité internationale de voyageurs (SNCF, Deutsche Bahn, Chemins de fer hollandais, SNCB) ne deviennent pas des ennemis après 2010 quand la libéralisation du trafic sera une réalité. La question se posera donc de savoir si les "alliés" d'aujourd'hui veulent poursuivre l'aventure ou si chacun veut reprendre ses billes et se lancer seul dans une activité internationale de transport de voyageurs.

Le trafic national de voyageurs pulvérise les objectifs du nouveau contrat de gestion. "Nous avons un taux de croissance de près de 4,5 pc, alors que le contrat de gestion en prévoit 3,7 pc. Le volet quantitatif est rempli, nous sommes donc soumis maintenant à un stress qualitatif. Mais nous avons donc investi dans le matériel roulant pour que la SNCB dispose d'ici 4 à 5 ans de la flotte la plus moderne de l'Europe", dit Marc Descheemaecker sous le contrôle de la présidente du conseil d'administration de la SNCB, Edmée De Groeve.

L'autre défi de Marc Descheemaecker, qui veut augmenter la productivité dans les ateliers de l'opérateur, est d'accroître les recettes provenant de la vente de billets pour le trafic international. Actuellement, seuls 10 pc des ventes sont réalisées via Internet, l'objectif est de porter ce pourcentage jusqu'à 40 ou 50 pc. "Nous perdons encore 3 millions d'euros pour la distribution de billets, mais d'ici 12 à 18 mois, cette activité doit être rentable", a-t-il conclu.

© La Libre Belgique 2008