START-UP DE LA SEMAINE | Solarly ne manque pas d’atouts pour électrifier les zones rurales des pays d’Afrique subsaharienne.

Créer une start-up et parvenir à la mettre sur de bons rails n’est pas une sinécure. L’exercice peut s’avérer aussi passionnant qu’éreintant. Nombreux sont ceux qui s’y cassent les dents et finissent par baisser les bras (souvent pour des raisons légitimes, d’ailleurs). Mais il y a aussi ceux qui, à force de persévérance et de résilience, ne lâchent rien, convaincus d’être sur le bon chemin. Les fondateurs de Solarly en font partie.

Petit retour en arrière. Mai 2016. NestUp, accélérateur de start-up basé à Mont-Saint-Guibert, tient son "Demo Day". Parmi les start-up invitées à pitcher devant un panel d’investisseurs, quatre jeunes entrepreneurs dévoilent un projet de station solaire, connectée et autonome, destinée aux populations rurales d’Afrique subsaharienne. Solarly a germé quelques mois plus tôt dans le cadre du travail de fin d’études de David Oren. Le jeune diplômé de l’Ephec entraîne, dans son sillage, Maxime Dolberg, Jean-Grégoire Orban de Xivry et Julien Riat. L’aventure peut démarrer.

En décembre 2016, le quatuor s’envole pour le Cameroun avec une trentaine de stations solaires ("un prototype encore assez artisanal", dixit Julien Riat) sous le bras. Le séjour durera six mois. L’objectif de cette phase pilote est d’électrifier un premier village, dans le Nord-Ouest du Cameroun et de préparer le terrain pour une production à plus grande échelle.


Octobre 2019. Nous retrouvons Julien Riat au Centre d’entreprise et d’innovation de Louvain-la-Neuve, le camp de base belge de Solarly. L’entrepreneur de 28 ans est de retour d’un troisième séjour au Cameroun. Jean-Grégoire lui a succédé pour tenter de finaliser un premier gros contrat - soutenu par "Finexpo" (instrument financier de soutien à l’export pour PME belges innovantes) - avec un organisme public local. Il est question de déployer 500 stations Solarly. "Si tout se passe bien , ce contrat va nous permettre de franchir une nouvelle étape en entrant dans une phase plus industrielle."

Connectée, modulable et autonome

Pour la jeune pousse néolouvaniste, qui a bouclé sa première levée de fonds en mai (avec Leansquare et Energie Brabant Wallon), la perspective de ce premier contrat - couplé au déploiement, en cours, de 80 stations auprès de clients "B2B" (écoles, centres de santé, cybercafés, exploitations agricoles…) - signifie à la fois un soulagement (après plus de trois ans de labeur) et un gros coup de boost. "Aujourd’hui, on sait qu’il y a une demande pour notre produit et que, dans pas mal de situations, il est la meilleure solution pour accéder à l’indépendance énergétique à un prix abordable."

La station de Solarly, conçue et fabriquée en Belgique, cumule trois atouts : elle est connectée (via une carte "SIM", ce qui permet de gérer le dispositif à distance), modulable (en fonction des besoins énergétiques) et autonome (l’usager ne dépend pas d’un réseau). Elle se compose d’une "box" équipée de onze sorties (12 volts, USB…), d’un ou deux panneaux solaires, d’une batterie et d’un set de lampes. Le tout permet à un ménage, une entreprise ou un bâtiment communautaire d’alimenter une série d’appareils (téléphone, TV, frigo, ordinateur…). Enfin, comme c’est le cas dans de nombreux pays d’Afrique où le "mobile money" est devenu monnaie courante (grâce à un taux de pénétration très élevé du smartphone), le client peut échelonner le paiement de sa "box".

La suite ? "Nous allons lancer une première production de 1 000 stations, dont la moitié pour le projet Finexpo", répond Julien Riat. "On veut se développer au Cameroun et dans les pays voisins. On a aussi beaucoup de demandes venant de RDC." L’aventure de Solarly ne fait que commencer.

Ce qu'il faut encore savoir

Solarly, start-up fondée par David Oren, Maxime Dolberg, Jean-Grégoire Orban de Xivry (debout, à gauche, sur notre photo) et Julien Riat (debout, à droite).

Investisseurs: Leansquare/Noshaq et Energie Brabant Wallon.

Site: www.solarly.org

Particularité: Solarly a fait l’objet, en 2016-2017, d’un documentaire accessible sur son site.



  • Article extrait du supplément Libre Eco Week-end à paraître ce samedi 26 octobre 2019