Le groupe Solvay avait convié, mardi, le gratin international des analystes financiers pour, de l'aveu de son administrateur délégué Aloïs Michielsen, leur faire part «d'un message important» : «Au cours de ces 10 dernières années, Solvay s'est radicalement transformé en un groupe moins cyclique et axé sur la croissance dans des domaines spécifiques de la pharmacie, de la chimie et des plastiques. Aujourd'hui, nous avons atteint nos trois objectifs financiers: un ROE (rendement sur fonds propres) de 15pc, une hausse de notre bénéfice net en moyenne de 10pc par an et une politique de dividende stable.» Pour l'exercice en cours, l'optimisme est également de mise. «Le bénéfice net devrait battre un nouveau record», a précisé le numéro un du groupe belge, dont le nouveau mot d'ordre est l'innovation.

C'est surtout l'avenir du pôle pharmaceutique de Solvay qui a retenu, hier, l'attention des analystes. Celui-ci bénéficie, depuis le 1er août dernier, de l'apport du laboratoire français Fournier, que Solvay a racheté à la fin mars pour un montant cash de 1,3 milliard d'euros. Le groupe belge voit désormais un peu plus clair dans la future organisation de cette branche, en pleine croissance.

Pas de Big Bang social

Ainsi, Aloïs Michielsen a annoncé, hier, qu'il tablait sur une hausse annuelle des ventes de la pharmacie de 7 pc à partir de 2010 - année où l'intégration de Fournier sera complètement achevée - et sur des marges d'exploitation (hors exceptionnels) de l'ordre de 20pc. Pour ce faire, il compte sur une réduction des coûts de sa branche pharma de 300 millions d'euros par an d'ici 5 ans. Cela passera-t-il par des fermetures d'usines? «Nous avons 17 sites de production dans la pharmacie, c'est trop pour une société de notre taille», a répondu le patron de Solvay. Avant de se vouloir rassurant: «Nous avons l'habitude chez Solvay de faire les choses en douceur. Cela fait partie de notre culture sociale. Nous ne sommes pas une société de Big Bang, nous n'annonçons pas des centaines ou des milliers de réductions d'emplois comme les groupes anglo-saxons le font. Nous traitons les problèmes au cas par cas et en concertation avec les partenaires sociaux.»

Les effectifs belges ne devraient pas être concernés car Solvay ne possède pas de site de production pharmaceutique en Belgique. En revanche, le regroupement de certaines fonctions financières et de ressources humaines du groupe dans une seule société à Lisbonne au Portugal touchera, lui, des Belges. D'après les syndicats, quelque 80 personnes seraient ainsi concernées. «Les négociations sociales ont débuté lundi à ce sujet. Ceux qui le souhaitent peuvent aller travailler là-bas, d'autres seront mis en (pré-)retraite mais il ne devrait pas y avoir de grand problème social en Belgique», a assuré M. Michielsen. Reste à voir si cette explication convaincra les syndicats belges. En tout cas, M. Michielsen n'a pas perdu sa journée. Son message a été reçu 5 sur 5 par les analystes financiers: l'action a gagné 3,72pc à 100,4 euros.

© La Libre Belgique 2005