Le baron Daniel Janssen a fait ses adieux, mardi, à Solvay lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe chimique et pharmaceutique belge. Ayant atteint la limite d'âge (70 ans), l'arrière-arrière-petit-fils d'Ernest Solvay, l'un des fondateurs du groupe éponyme a cédé la présidence à Aloïs Michielsen, administrateur délégué depuis 8 ans. Ce dernier est lui-même remplacé à la tête de la multinationale par Christian Jourquin, un Bruxellois de 57 ans qui a fait toute sa carrière chez Solvay. «Pour la première fois, ni le président du comité exécutif, ni le président du Conseil ne seront des membres de la famille Solvay», a souligné à cette occasion Daniel Janssen. Les quelque 2 400 descendants actionnaires pourront désormais compter sur deux personnes pour représenter leurs intérêts: Denis Solvay (49 ans) qui devient le vice-président du conseil et Bernard de Laguiche, un descendant d'Alfred Solvay (frère d'Ernest), le nouveau directeur financier de Solvay.

Pour Christian Jourquin, le nouveau CEO qui faisait sa première sortie médiatique, la stratégie développée par son prédécesseur Aloïs Michielsen, à savoir un développement plus rapide dans la pharmacie et les spécialités chimiques, est la bonne. «Je vais poursuivre dans la même voie», a annoncé l'homme qui est passé par tous les départements du groupe. «La priorité sera également mise sur les zones géographiques à forte croissance comme l'Asie, l'Amérique du Sud et la Russie où nous souhaitons accélérer notre rythme de croissance», a-t-il ajouté.

La pharma dope les résultats

Dans le domaine de la pharmacie, le nouveau CEO est sur la même longueur d'ondes que son prédécesseur (LLB du 6/05).

«Notre objectif est bien sûr la croissance avec nos propres molécules mais aussi, si des opportunités se présentent, via des acquisitions». Toutefois, a-t-il précisé, «nous n'avons pas de besoin criant de procéder à des acquisitions. Nous venons de racheter Fournier, qui est l'une des plus belles opérations de l'histoire de Solvay».

Et d'en référer, pour preuve, aux résultats trimestriels annoncés, mardi également. Au cours des trois premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires du secteur pharmaceutique a en effet progressé de 56 pc à 672 millions d'euros, grâce notamment au «blockbuster» (NdlR: un médicament dont les ventes annuelles sont supérieures à un milliard de dollars) de Fournier, le TriCor dans le domaine cardiométabolique. Et son résultat opérationnel a presque triplé à 124 millions d'euros. Fort de ces bonnes performances, Solvay se dit confiant dans sa capacité à réaliser ses objectifs fixés pour 2010: une croissance du chiffre d'affaires de 7 pc par an et une marge opérationnelle de 20 pc. Ce sont les résultats de la branche pharmacie qui ont stimulé le chiffre d'affaires trimestriel du groupe (+20 pc à 2,357 milliards). Quant au bénéfice net du groupe, il a reculé de 27 pc à 232 millions d'euros, à cause d'éléments exceptionnels liés notamment à la rationalisation de sa branche pharmaceutique. Mais dans le même temps, son résultat opérationnel a bondi de 34 pc. Même si ces résultats sont dans l'ensemble supérieurs aux attentes des analystes, l'action n'a pas beaucoup réagi, clôturant hier sur un recul de 0,8 pc à 96,20 euros.

Dans le domaine pharmaceutique, le patron de Solvay a par ailleurs annoncé que le Cilansetron, un traitement contre le syndrome du colon irritable issu de sa propre recherche, «n'était plus une priorité».

Enfin, concernant la lourde amende infligée à Solvay la semaine dernière par la Commission européenne pour son implication dans une affaire de cartel, le nouveau CEO a confirmé que le groupe ferait très probablement appel de la décision.

© La Libre Belgique 2006