Sombres nuages (Sabena 2/6)
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Sombres nuages (Sabena 2/6)

Vincent Slits

Publié le - Mis à jour le

Remontons à juin 2001. La situation de la Sabena, si elle n’est pas encore dramatique, suscite en interne des doutes sur sa viabilité future, la compagnie étant confrontée à court terme à de nouveaux besoins de liquidité. Un signe ne trompe pas : le 21 juin, Rik Daems, ministre de tutelle sur la Sabena, envoie un courrier à Ferdinand Chaffart, président du conseil d’administration de la Sabena. Il s’agit d’une « letter of indemnity » où l’Etat s’engage, « vu la situation financière de la Sabena » à couvrir certains administrateurs publics dans l’exercice de leurs fonctions en cas de recours en justice éventuel. On est jamais trop prudent...

Il faut dire que les semaines qui suivent voient les nuages s’assombrir encore. La situation de la compagnie belge continue à se dégrader et un vent mauvais commence à souffler depuis Zurich où Swissair, dont la stratégie d’expansion ruineuse commence à inquiéter le monde bancaire, montre des signes de faiblesse. C’est dans ce contexte tendu que sont signés, début août 2001, les accords dits de l’Hôtel Astoria qui est en réalité un pacte de « non agression » entre Belges et Suisses: en échange d’une promesse de recapitalisation de la Sabena par Swissair, les Belges signent une clause de renonciation « mutuelle, irrévocable et définitive » des parties et de leurs filiales à tout droit d’agir en justice pour contester certaines décisions qui auraient été préjudiciables à la compagnie belge ou à son partenaire suisse.

En ligne de mire : les décisions relatives à l’élargissement de la flotte (les commandes d’Airbus de 1997 et 1999 pour plus de 70 milliards d’anciens francs belges), aux transferts d’actifs ou les décisions qui auraient privé un des partenaires d’une opportunité commerciale,... La signature de ce document est perçu comme un aveu de culpabilité de Swissair pour ceux qui en interne défendent l’idée d’une Sabena "vampirisée" par Swissair.

11 septembre 2001 : les images de Twin Towers en feu s’imposent sur les écrans du monde entier. Le secteur du transport aérien entre en crise. Dans les couloirs de la Sabena, certains pressentent que ce coup risque d’être fatal pour la compagnie belge. Car chaque jour qui passe renforce alors un peu plus les inquiétudes de Christoph Müller sur l’état de santé de la Sabena. Le patron allemand de la Sabena -un homme de chiffres - le sait mieux que personne: si rien n’est fait rapidement, le risque est réel de voir la Sabena tomber en faillite. D’autant que les murs se lézardent chez Swissair.

Il faut donc agir sans tarder et préparer un scénario de relance si le pire venait à se produire. Dans le plus grand secret, Müller met sur pied un groupe de travail. Nom de code: Butterfly. Membres: Christoph Müller lui-même mais aussi Jean-Louis Herremans, directeur financier; Tony Jossa, directeur du personnel, et Mark Dunkerley, directeur des opérations aux Etats-Unis. Objectif: créer au départ de la DAT -la filiale régionale de la Sabena - une activité aérienne, délaissée du passif financier et social de la Sabena et susceptible de prendre le relais de Swissair. Müller ouvre son carnet d’adresses, il téléphone aux dirigeants d’Air France, de British Airways, de Lufthansa et d’American Airlines. Mais le contexte est peu porteur. Air France décline rapidement l’invitation, Lufthansa s’intéresse de près à la place de Bruxelles mais adopte une attitude d’attente.

L’intérêt est réel chez American Airlines mais la compagnie -obligée de réduire la voilure après les attentats du 11 septembre- a d’autres chats à fouetter. Reste British Airways (BA) : des contacts discrets ont lieu à Londres entre Christoph Müller et Sir Rod Eddington, patron de la compagnie britannique.

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