Face à la situation de blocage qui prévaut à la Sonaca où le personnel a massivement rejeté le plan de restructuration DEFI 2007 (NdlR: qui prévoit 279 pertes d'emplois) de la direction, la CNE a fait le point mercredi sur le dossier. Et le moins qu'on puisse écrire est que le syndicat chrétien n'est pas tendre avec les dirigeants de l'entreprise aéronautique. «Il y a une drôle d'éthique et de gestion à la Sonaca», dénonce la CNE.

Dans un premier temps, il cite le cas de Sabine Jacqmin, la fille de l'administrateur-délégué, Christian Jacqmin, précédemment responsable de la communication à la Sonaca. Il y a environ un an, elle a quitté la Sonaca pour se consacrer à temps plein à sa société de communication, Cogito. Mais elle a continué à s'occuper de la communication de la Sonaca, dans le cadre d'un contrat à mi-temps. «Pour environ 12 jours de travail, elle a adressé une facture d'environ 6 500 euros. Par ailleurs, le fils de M. Jacqmin, Gérald Jacqmin a été nommé il y a un peu plus d'un an, chef de l'usine d'assemblage. Or dans le même temps, la productivité a baissé de 30 à 35 pc, ce qui entraîne un coût de production élevé», fustige Dario Di Giorgio, délégué syndical CNE à la Sonaca.

En matière de gestion désastreuse, le syndicat chrétien épingle un ancien directeur de production qui a quitté l'entreprise. Mais ce dernier, un Français, aurait conservé une maison de fonction à Waterloo et une voiture de fonction (en leasing) payées par l'entreprise. Il a aussi mis sur la table le cas de l'ancien directeur des achats logistiques qui a fait perdre à la société des millions d'euros à cause d'achats incontrôlés. Débarqué en douceur de l'entreprise, il a été nommé depuis octobre 2005 patron de NMF, la filiale canadienne de la Sonaca.

Jacqmin Jr muté aux USA

Pour Tony Demonté, secrétaire permanent de la CNE-Hainaut, les dirigeants de la Sonaca ont vu trop grand en voulant faire de la Sonaca une «super multinationale» avec des filiales de part le monde et des investissements non rentables. «Il n'y a pas de plan de charge fiable et l'organisation du travail est à l'emporte-pièce», dit-il. «Nous voulons que la société soit mieux gérée et qu'on règle les problèmes de gaspillage et d'éthique», indique M. Di Giorgio.

La sortie du syndicat chrétien hérisse les dirigeants de l'entreprise. «Nous devons incessamment recevoir les pièces qui ont servi de base d'analyse à la CNE et nous ferons des commentaires plus tard. Mais je suis outré et scandalisé par cette façon de faire qui n'est autre qu'une campagne de dénigrement de l'entreprise. Pendant que je fais le tour du personnel pour leur expliquer le bien-fondé du plan DEFI 2007 et voir comment on peut s'en sortir, M. Demonté s'emploie à salir l'image de la Sonaca», rétorque Pierre Sonveaux, président du conseil d'administration de l'entreprise.

Mais vu le climat délétère et de suspicion qui s'installe, l'entreprise a déjà lancé quelques signaux d'apaisement. Le contrat qui la lie à Sabine Jacqmin pour des prestations de communication vient d'être rompu (à sa demande). Gérald Jacqmin vient aussi d'être affecté à un autre poste au sein de la filiale américaine de la Sonaca, laquelle connaît des problèmes de rentabilité et de forte croissance de charge.

© La Libre Belgique 2006