Un peu plus de cinq ans après sa création, le fabricant de GSM Sony Ericsson - une joint venture détenue à parts égales par les géants japonais et suédois - a le vent en poupe. En un an, sa part de marché mondiale est passée de 5,7 pc à 8,5 pc, tandis que son bénéfice net a plus que doublé au premier trimestre 2007, atteignant 254 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 2,925 milliards. L'occasion de faire le point sur les ambitions belges et mondiales de la firme avec Max van den Berg, le patron de Sony Ericsson Benelux.

Comment expliquer que Sony Ericsson a réussi, là où d'autres alliances, comme BenQ-Siemens par exemple, ont échoué ?

C'est difficile à dire, dans la mesure où nous ne nous attendions pas nous-mêmes à ce que BenQ-Siemens soit un échec. Cela dit, pour répondre à votre question, je pense qu'il faut distinguer une joint venture d'une reprise. Chez Sony Ericsson, nous avons la chance de pouvoir compter sur le soutien total de nos deux "parents". Dans ce genre d'aventure, il faut aussi avoir les reins solides et savoir se montrer patient. Les deux premières années de Sony Ericsson ont été très difficiles, avec des pertes importantes à la clé, mais nous avons continué à investir car nous étions intimement persuadés d'avoir un bon modèle d'affaires. Surtout, nous avons préféré miser sur une croissance saine et profitable plutôt que d'"acheter" des parts de marché.

Votre succès actuel se base notamment sur l'utilisation de la marque "Walkman" de Sony, que vous avez ressortie du tiroir...

C'est clair que la possibilité d'utiliser une telle marque, au même titre que la marque Cybershot pour les téléphones appareils photos, constitue un énorme avantage concurrentiel. La preuve : depuis 2005, nous avons vendu plus de 20 millions de téléphones Walkman à travers le monde.

Toujours au niveau des marques du groupe Sony, pourquoi ne pas lancer un GSM PlayStation ?

Un "PSP-phone" ? Cela fait partie des développements possibles. La rumeur circule d'ailleurs déjà sur Internet. Mais avant d'en arriver là, il faut que le marché soit prêt pour un tel produit et surtout, il faut que nous soyons nous-mêmes mûrs pour un lancement de cette ampleur. Cela dit, au Japon par exemple, Sony Ericsson commercialise aussi des GSM Bravia, qui est la marque utilisée par Sony pour sa gamme de télévisions à écran plat. Toutes les pistes sont donc ouvertes.

Et en Belgique ? Croyez-vous pouvoir détrôner Nokia, qui domine le marché belge depuis des années ?

En Belgique, nous sommes actuellement numéro trois derrière Nokia et Samsung, mais j'estime que rien n'est impossible pour le futur. Au Royaume-Uni, un marché où la concurrence est pourtant très rude, Nokia était également numéro un et Motorola et Samsung avaient d'importantes parts de marché, mais nous avons tout de même réussi à devenir le numéro un durant la deuxième moitié de 2006. En Belgique, cela sera un peu plus difficile à réaliser dans la mesure où la loi belge interdit aux opérateurs de pratiquer la subsidiation (c'est-à-dire la vente de GSM à un prix moins élevé en échange de la signature d'un abonnement, NdlR), ce qui nous désavantage étant donné que nos appareils sont davantage haut de gamme. Mais cette situation est en train de changer, car nous avons de plus en plus de téléphones moins coûteux.

Le prix moyen de vos GSM est effectivement en baisse. Est-ce une manière de tenter de rattraper votre retard sur Nokia et Motorola dans les pays émergents ?

D'ici 2008, nous voulons faire partie du Top 3 mondial, alors que nous sommes quatrièmes aujourd'hui. Cela passe clairement par une meilleure présence dans des pays comme la Chine, l'Inde ou l'Amérique latine, et donc par des appareils plus accessibles. Nous venons d'ailleurs de signer un accord de collaboration important avec Sagem pour développer des produits plus "low end".

© La Libre Belgique 2007