L'affaire des produits financiers misant sur la hausse des prix des aliments de base (LLB 6/5 et LLE 10/5) continue à faire des vagues. Jeudi, le chef de l'Eurogroupe (réunion des ministres des Finances de la zone euro), le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a cloué au pilori ceux qui spéculent sur les matières premières agricoles. "Faire monter les prix alimentaires pour son propre profit, accepter que la famine et la guerre soient de simples dommages collatéraux, c'est le contraire d'une économie de marché éthiquement fondée. Un comportement pareil est criminel", a-t-il déclaré, cité par l'Agence France Presse, ajoutant que "des millions de gens meurent de faim, car le monde ne fonctionne pas comme il faut". Voilà qui confirme, si besoin était, qu'il est incompréhensible que l'on puisse considérer les denrées alimentaires les plus essentielles exclusivement comme des actifs financiers. Cette dérive de l'économie de marché appelle une régulation adéquate, c'est-à-dire à un échelon européen, voire international, pour être suffisamment efficiente. Mais rien n'empêche les Etats de montrer la voie individuellement. La Belgique sera-t-elle de nouveau pionnière, comme en matière d'interdiction du financement des mines antipersonnel ? Mais avec quelles conséquences pour la place financière belge ? En attendant qu'une législation voie le jour, le secteur financier pourrait s'autoréguler, comme il le fait déjà dans d'autres matières. Pour ce faire, il convient que les banques s'interrogent sur les limites à placer à la spéculation : jusqu'à quel point peut-on tirer profit de hausses de prix ? L'enjeu est important, non seulement pour ceux qui subissent les conséquences de cette spéculation, mais aussi pour l'image de notre secteur financier. D'ailleurs, mercredi dernier, KBC, dont la médiatisation d'un produit avait lancé ce débat, a mis l'accent sur son offre de produits financiers durables. C'est ainsi que les banquiers parviendront à redorer leur blason.