Qu'on se le dise: Dupuis is back in town et entend le faire savoir. Tombé en 2004 dans l'escarcelle du géant Média-Particpations, le groupe Dupuis passe à l'offensive, comme en témoigne son retour à Angoulême, après une douzaine d'années d'absence.

Une belle occasion de présenter la mutation du journal de «Spirou», vitrine historique de l'éditeur belge, en «Spirou HeBDo». Enveloppé dans une nouvelle couverture en papier glacé, le bébé voit le jour ce mercredi en kiosque. Un mouflet costaud, fort de 68 pages, soit vingt de plus que la précédente mouture, et dont le prix passera de 1,60 à 2,30 euros.

Le tirage subit lui aussi une cure de vitamines, passant de 100000 à 300000 exemplaires, dont 200000 à destination de la France, où les ventes restaient faméliques au regard du lectorat potentiel. Objectif: kiosques et librairies, où le magazine se faisait discret, avec guère plus de 7 à 8000 numéros vendus par semaine: «Spirou a longtemps été pensé comme un journal d'abonnement. Les couvertures étaient rigolotes, mais n'étaient pas pensées pour être vues dans un rayon de librairie; le papier était léger, le format extra-plat. Nous voulons redevenir attractifs» explique Dimitri Kennes, le jeune -34 ans - et fougueux directeur général des Editions Dupuis.

En matière de communication, Dupuis n'a pas lésiné sur les moyens, s'offrant une campagne de promotion d'un million d'euros. Le pari n'en reste pas moins audacieux, alors que le secteur est loin d'être florissant. «Lors de ces dernières années, nous avons développé beaucoup de métiers comme l'audiovisuel ou le marketing direct, qui sont arrivés à maturité aujourd'hui. Il était temps de se reconcentrer sur les bases. Et les bases de Dupuis, c'est le journal de «Spirou» rappelle Dimitri Kennes.

Le directeur général escompte que «Spirou HeBDo» récolte le fruit des investissements consentis par Dupuis dans le domaine de l'audiovisuel: «En 15 ans, Dupuis est devenu producteur de dessins animés et la bande dessinée est sortie de ses cases. «Cédric», «Kid Paddle», «Les Schtroumpfs» cartonnent chez les enfants. La télé offre une petite notoriété à certains héros, connus par des enfants qui ne lisent pas encore de bande dessinée.»

Nouveautés et valeurs sûres

Aux côtés des valeurs cotées - «Spirou et Fantasio», «Le Petit Spirou», «Kid Paddle», «Cédric» - et des paris sur l'avenir - «Tamara», «Parker et Badger», «Les nombrils»,... - «Spirou HeBDo» valorisera son glorieux patrimoine en replaçant dans la devanture les personnages qui firent sa réputation - «Lucky Luke», «Boule et Bill», «Les Schtroumpfs» et ce bon vieux «Gaston Lagaffe». Une manière de braquer les projecteurs sur des valeurs sûres, mais dormantes, faute de nouveautés, du catalogue Dupuis. « Il y avait en effet un problème de visibilité du fonds. Les best-sellers attirent le lecteur, mais ce n'est bien sûr pas absent de mon idée de remettre ces héros en lumière» reconnaît Dimitri Kennes. Qui insiste aussi sur la volonté de continuer à faire du magazine un laboratoire de création de la BD franco-belge.

Récemment promu à la barre du magazine, Olivier Van Vaerenbergh, ancien du «Soir» et de «Pepperplug», entend revenir à «l'esprit d'équipe cher à «Spirou». Et pour ce faire, souhaite développer des projets insolites et novateurs qui rendront aux auteurs «l'enthousiasme de travailler à Spirou». Sa cible? «Le journal doit être lisible par un gamin de dix ans, mais la politique de «Spirou» reste la même: toucher toute la famille».

© La Libre Belgique 2006