La classe politique belge mais aussi les syndicats et les unions professionnelles ont vivement réagi à l’annonce du plan Carrefour.

La vice-Première ministre et ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet, a pris acte de l’annonce de la direction de Carrefour de s’engager dans une procédure de restructuration. Elle dit comprendre l’émotion du personnel. La ministre adresse un appel à toutes les parties concernées afin qu’elles entament, en respectant et en appliquant les dispositions de la "loi Renault", un dialogue social ouvert afin de pouvoir dégager les meilleures solutions face aux difficultés que l’entreprise éprouve actuellement. L’objectif, précise-t-elle, doit être de tout mettre en œuvre, non seulement afin de pouvoir garantir un avenir durable pour Carrefour en Belgique mais également le maintien, par tous les moyens possibles, d’un maximum de l’emploi des nombreux travailleurs et le respect des droits de chacun. Pour y arriver, insiste Mme Milquet, un dialogue ouvert et constructif entre les partenaires sociaux est essentiel.

Le ministre président de la Région wallonne et de la Communauté française, Rudy Demotte, invite la direction du groupe de distribution Carrefour à "entreprendre dans les plus brefs délais une concertation pleine et entière avec les partenaires sociaux". Pour Rudy Demotte, la décision de Carrefour est un "nouveau choc pour le personnel du groupe". Pour M. Demotte, le groupe doit, d’une part, veiller à préserver le maximum d’emplois tout en pérennisant son activité sur le territoire belge et, d’autre part, il doit s’assurer que l’éventuelle cession d’une partie de ses activités intègre la nécessité de respecter les droits et l’intérêt des travailleurs concernés.

André Antoine, ministre wallon de l’Emploi (CDH), se dit atterré. " C’est un licenciement très important : 1 672 emplois perdus sur 15 000 ." André Antoine estime qu’il faut agir à la fois sur l’urgence et, à plus long terme, sur l’offre commerciale. " On doit avoir une réponse forte à apporter aux travailleurs qui seront licenciés. Cela va toucher toutes les régions du pays, et plus particulièrement du personnel féminin. Pour ces gens, il faudra une réponse coordonnée en termes d’accompagnement, de formation, de reconversion. La Région wallonne apportera évidemment sa contribution. Mais la question méritera aussi une attention du niveau fédéral ."

Le ministre wallon suggère la mise en place d’une "task force". "On est dans une situation quasiment analogue à celle d’Opel Anvers, fait-il remarquer. Cela justifie pleinement qu’il y ait une union sacrée entre le fédéral et les Régions. Nous, en tout cas, nous sommes disponibles pour mettre en route des cellules de reconversion."

Dans ce concert de réactions, assez conventionnelles, Ecolo se distingue. "Depuis que la ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet, a annoncé que la Belgique résistait mieux à la crise que ses voisins, chaque semaine ou presque voit de nouvelles pertes d’emplois, sans pour autant qu’il y ait, au niveau fédéral, de changement de cap en matière d’emploi " affirment les verts. Des écologistes qui tiennent à marquer leur solidarité avec les centaines de familles concernées. Ecolo constate aussi, avec dépit, que "c’est un groupe qui a réalisé un boni de plus de 66 millions d’euros en Belgique l’an passé, et qui décide brutalement de se séparer d’une partie de son personnel". Les verts ajoutent : "Qui plus est, Carrefour utilise cette situation difficile et la coexistence de deux commissions paritaires dans le secteur de la grande distribution pour effectuer un odieux chantage auprès des travailleurs non licenciés, qui devraient accepter des conditions sociales et salariales inférieures dans le futur."

Dans le même ordre d’idées, le PTB estime que l’annonce de Carrefour est "indécente". Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, affirme que le centre de coordination de Carrefour Belgium a fait 81 millions de bénéfices l’an passé sur lequel il a payé un impôt de 33 225 euros, soit un taux d’imposition de 0,008 %. Le parti de gauche dénonce également l’attitude de la multinationale, "qui attaque ici et dans le reste du monde, les droits syndicaux et les conventions collectives existantes. Le centre de coordination Carrefour à Bruxelles est directement lié à sa maison-mère GMR SA. Le groupe français peut donc couper à sa guise la branche Carrefour Belgium en préservant les sociétés dans lesquelles le profit a été accumulé". Pour Raoul Hedebouw, il faut, d’urgence, voter une loi "pour empêcher de telles fuites de capitaux et interdire à des multinationales comme Carrefour qui font des bénéfices de licencier". Pour mettre la pression, le PTB lance une pétition en ligne www.loi-inbev.be pour obtenir le vote d’une telle loi.

Pour l’Union des Classes Moyennes (UCM), des accidents, comme le drame social que connaît Carrefour, peuvent être limités si les autorités politiques assurent un meilleur équilibre entre les différentes formes de distribution et si les acteurs s’adaptent plus rapidement aux évolutions de la société et des attentes des consommateurs. "Il est plus que temps, dit l’UCM, de soumettre les implantations commerciales à une vision cohérente de l’offre commerciale, équilibrée et adaptée aux besoins."

L’UCM dit constater que, depuis trois ans, l’emploi salarié se contracte dans la Commission paritaire 312 des grands magasins intégrés, dont relève Carrefour (de 14 462 à 13 581 personnes). Ce n’est pas le cas dans le commerce, souvent franchisé, de détail alimentaire. La tendance est à la création d’emplois dans le commerce de détail indépendant, note l’UCM. Ces évolutions indiquent que l’époque n’est plus aux hypermarchés périphériques.

V.d.W. et V.R.