Le suspense reste entier sur les intentions d'Enel vis-à-vis de Suez. De fait, le conseil d'administration du groupe italien, qui s'est tenu mercredi jusqu'en fin de journée, n'a pas débouché sur une annonce spectaculaire. «Le conseil d'administration a poursuivi l'examen de ses initiatives à l'étranger dans l'attente d'une clarification du cadre institutionnel européen», souligne le communiqué. Ce qui laisse penser qu'avant de se lancer dans une bataille boursière, Enel préfère attendre la position de la Commission vis-à-vis du projet de fusion entre Suez et Gaz de France.

Plusieurs journaux italiens affirmaient hier matin que le projet d'un rachat de Suez par Enel était bien avancé. De quoi d'ailleurs maintenir la spéculation sur les marchés, l'action Suez gagnant de 3,24pc à 34,07 euros.

Selon le quotidien romain «Il Messagero», au moins neuf banques, dont cinq italiennes, ont donné leur feu vert pour mettre en place un financement allant jusqu'à 50 milliards d'euros afin d'offrir une prime de plus de 10 pc aux actionnaires de Suez.

Le quotidien «Il Sole 24 Ore» affirme, lui, que la décision d'une offre sur Suez sera prise d'ici à la mi-mars et dans tous les cas avant le 23 mars, jour de la présentation du plan stratégique d'Enel aux analystes.

Le «Wall Street Journal» croit, lui, savoir qu'Enel doit notamment composer avec l'attitude de l'Etat italien, actionnaire à 32pc, qui n'a pas encore clairement pris de décision.

D'un point de vue stratégique, le scénario reste le même: Enel s'adjugerait la filiale belge de Suez, Electrabel, alors que le pôle environnement, valorisé à environ 15 milliards d'euros, pourrait être cédé.

Cultures différentes

Pendant ce temps, le clan Suez-Gaz de France, lui, fourbit déjà ses arguments contre une OPA hostile. Le PDG de Gaz de France, Jean-François Cirelli, a jugé qu'un mariage franco-italien serait «très difficile». «En France, il est très difficile de marier les cultures différentes de deux entreprises françaises, alors faire des opérations hostiles entre deux pays différents, avec des langues différentes et des cultures différentes...», a déclaré M. Cirelli.

Le clan français s'apprête aussi à une opération de charme vis-à-vis des autorités belges. Les patrons de Suez et GDF doivent en effet rencontrer ce jeudi soir le Premier ministre Guy Verhofstadt (lire page 17).

Du côté des syndicats français, c'est la mobilisation contre le projet. La CGT, FO et CGC des Industries électriques et gazières (IEG), qui regroupent notamment EDF et GDF, ont appelé mercredi à «une journée nationale d'action et de grève» de 24 heures le 23 mars contre «la privatisation de Gaz de France».

© La Libre Belgique 2006