La guerre des nerfs continue entre Suez et Enel. Lundi, le groupe français a annoncé avoir saisi Charlie McCreevy, commissaire européen en charge du Marché intérieur et des services, pour attirer son attention «sur la situation actuelle, surprenante et déséquilibrée, dans laquelle se trouve Enel par rapport à Suez. En effet, contrairement aux dispositions régissant la liberté de circulation des capitaux sur le marché intérieur, l'Etat italien (NdlR: actionnaire à 31 pc) dispose de droits exorbitants sur Enel destinés à prévenir tout changement de contrôle du capital de cette société, notamment en limitant à 3 pc le pourcentage du capital et des droits de vote que peut détenir tout autre actionnaire», souligne le communiqué publié hier.

D'après l'avocat Robert Wtterwulghe, cette limitation des droits de vote est «peut-être contraire à la libre circulation d'établissement», puisqu'elle empêche tout groupe de lancer une OPA sur Enel. Mais si la Commission oblige l'Italie à lever cet obstacle, cela «change quoi», à partir du moment où l'Etat italien n'est pas vendeur de ses parts, se demande-t-il?

D'après une source proche du dossier, «Suez reprend une directive européenne qui prévoit qu'une offre hostile doit être équitable dans le sens où il doit y avoir réciprocité».

Alors qu'il menace de lancer une OPA sur Suez (pour s'attribuer Electrabel), le groupe italien a fortement critiqué le côté protectionniste du projet de fusion entre Suez-Gaz de France, interpellant même les autorités européennes à ce propos.

La semaine dernière, le patron de Suez Gérard Mestrallet avait déjà réagi en écrivant à l'AMF (Autorité des marchés financiers) pour que celle-ci demande à Enel de rendre publiques ses intentions.

© La Libre Belgique 2006