La fusion entre Suez et Gaz de France (GDF) se complique avec des nouvelles demandes de la Commission européenne et des rumeurs d'OPA hostile de l'industriel français François Pinault qui voudrait racheter le pôle environnement de Suez.

La Commission a annoncé, jeudi, qu'elle repoussait d'une semaine, au 24 novembre, la date butoir de son verdict sur la fusion. Elle jugerait insuffisants les remèdes proposés par Suez-GDF pour résoudre les problèmes de concurrence que pose la fusion. GDF a convoqué, hier après-midi, un conseil d'administration exceptionnel pour évoquer ce sujet. Et le communiqué publié à l'issue de la réunion souligne que les concessions que le nouvel ensemble devra apporter dans le domaine du gaz en Belgique seront "vraisemblablement plus étendues que celles qui avaient été initialement proposées". La Commission demande aux groupes de céder 35 pc de leur capacité d'approvisionnement en gaz, notamment par la vente totale de Distrigaz, filiale de Suez, selon un membre du conseil d'administration de GDF.

Bruxelles demande également une "cession sur une partie du nucléaire belge" de Suez, a-t-il ajouté. Mais il était difficile de savoir, hier, dans quelle mesure cette demande va au-delà des engagements pris la semaine dernière par Suez vis-à-vis du gouvernement belge dans le cadre de la "Pax electrica II".

Dans le communiqué, GDF rappelle aussi la "pertinence" du projet, tout en mandatant son président, Jean-François Cirelli, à "poursuivre le processus de fusion".

Invité surprise

A ces complications s'ajoutent les rumeurs d'OPA sur Suez qui ont ressurgi hier, cette fois avec l'homme d'affaires François Pinault (un proche de Jacques Chirac) en invité surprise. "Les Echos" affirment, jeudi, qu'il a mis sur pied avec l'italien Enel un projet d'OPA au terme duquel Enel mettrait la main sur la branche énergie de Suez tandis que lui s'emparerait du pôle environnement de Suez pour la somme de 18 milliards d'euros. Le groupe italien d'électricité Enel a indiqué, jeudi, qu'il avait étudié l'hypothèse d'une alliance avec François Pinault pour lancer une OPA sur Suez mais qu'il y avait renoncé. C'est, rappelons-le, l'intérêt d'Enel pour Suez qui avait précipité la fusion avec GDF.

"Les Echos" estiment que François Pinault pourrait se faire épauler par d'autres énergéticiens européens. Selon certaines sources, il serait déterminé à se chercher un autre partenaire, tel l'allemand E.ON ou l'espagnol Endesa. Ces nouveaux rebondissements ont relancé les spéculations, l'action Suez clôturant, hier, en hausse 1,82 pc à 35,24 euros. Ils ont aussi provoqué plusieurs réactions politiques. Le premier secrétaire du PS, François Hollande, et les députés et sénateurs communistes et républicains ont demandé, jeudi, la suspension du débat sur le projet de loi permettant la privatisation de Gaz de France. La fédération CGT de l'énergie a aussi demandé la suspension du débat parlementaire.(avec AFP)

© La Libre Belgique 2006