La riposte des Italiens à la fusion entre Suez et Gaz de France (GDF) que d'aucuns appréhendaient ou espéraient n'est pas venue hier. Tant les hommes politiques que le groupe Enel, qui avait révélé son intérêt pour Suez et sa filiale Electrabel, se sont abstenus de toute déclaration fracassante.

Rien n'est sorti du conseil d'administration d'Enel qui s'est réuni mercredi matin. Le conseil «a fait un examen approfondi du dossier Suez-Electrabel sous l'aspect industriel, financier, juridique et institutionnel», indique un communiqué sans préciser quelles étaient les conclusions. Tout est reporté à la prochaine session, prévue le 8 mars. Fulvio Conti, l'administrateur délégué d'Enel, ajoute une note intéressante: son opération sur Suez, à l'étude depuis plusieurs mois, soutient-il, a été cassée par le groupe français Veolia, qui s'est retiré au dernier moment. Veolia aurait dû absorber les activités eau et environnement de Suez, laissant Electrabel à Enel.

Venu à Bruxelles pour s'entretenir de la situation avec les commissaires à la Concurrence et au Marché intérieur, le ministre italien de l'Economie, Giulio Tremonti, est, lui, rentré à Rome les mains vides.

Lois protectionnistes

« Nous avons intérêt à arrêter la dérive protectionniste qui monte en Europe. Nous attendons (de l'Europe, NdlR) des réponses et des actions, qui cependant ne sont jamais immédiates», a-t-il déclaré mercredi.

Pour le ministre, «ce cas est révélateur d'une Europe où de nombreux pays, comme la France, l'Espagne et la Pologne, adoptent des lois protectionnistes qui ont tendance à fermer plutôt qu'à ouvrir le marché». Et d'une certaine façon, le président de la Commission, Jose Manuel Barroso, a abondé dans son sens en lançant «un appel au sens européen des dirigeants pour éviter tout recours à la rhétorique nationaliste».

Fait intéressant: M. Tremonti a indiqué qu'Enel allait envoyer à la Commission un rapport, appuyé par son gouvernement, sur la façon dont avait été mené le projet d'achat d'Electrabel.

Du côté de la France, il fut aussi encore beaucoup question de la fusion entre Suez et GDF. Lors de sa conférence de presse mensuelle, le premier ministre Dominique de Villepin a une fois de plus défendu la fusion, tout en se disant «à l'écoute» des préoccupations des syndicats, qui dénoncent une privatisation déguisée de GDF. Les fédérations syndicales de l'énergie étaient réunies mercredi en début de soirée à Paris pour tenter de mettre au point une «riposte commune» à ce projet.

Sur les marchés, l'action Suez, qui avait fortement baissé en début de semaine, est remontée (+3,59pc à 32 euros) sous l'effet de la spéculation d'une éventuelle contre-offre ou d'achats de couverture.

Mais nombre d'analystes financiers soulignent le caractère défavorable aux actionnaires de Suez du montage financier retenu (une action Suez contre une action GDF).

© La Libre Belgique 2006