La fusion entre Suez et Gaz de France (GDF) est toujours à l'ordre du jour. C'est le message qu'a voulu faire passer hier Gaz de France alors que l'opération suscite des doutes croissants du fait notamment des échéances électorales.

Réuni mercredi, le conseil d'administration de GDF a publié un communiqué dans lequel il souhaite qu'un calendrier sur la réalisation de la fusion Suez soit établi" dans les meilleurs délais". Il réaffirme que "conformément à la recommandation constante de son président, la fusion avec Suez constitue pour Gaz de France la meilleure option stratégique pour renforcer le développement de l'entreprise dans l'intérêt de ses clients, de ses collaborateurs et de ses actionnaires". Il demande au PDG Jean-François Cirelli "de définir avec Suez, dans les meilleurs délais, un calendrier de réalisation de ce projet, tenant compte des dispositions légales en vigueur après leur approbation par le Conseil Constitutionnel". Ce dernier avait validé fin novembre la privatisation de GDF, préalable au rapprochement, tout en indiquant qu'elle ne pouvait entrer en vigueur avant le 1er juillet 2007, date de l'ouverture totale du marché du gaz à la concurrence, ce qui aura pour effet de faire tomber la notion de service public national.

Suez a publié un communiqué pour se féliciter de la position du conseil d'administration de GDF sur le fait que le rapprochement constitue "la meilleure option stratégique". "Les conseils d'administration des deux entreprises ont ainsi mandaté leurs présidents respectifs pour mettre en place les solutions permettant de pérenniser leur projet de fusion dans le respect des décisions du Conseil constitutionnel. Suez poursuit ses discussions avec Gaz de France pour explorer la mise en place de ces solutions", a ajouté le groupe.

Attrait spéculatif

Plusieurs analystes financiers ont toutefois jugé improbable que l'opération se réalise comme prévu et ont souligné que Suez offrait de nouveau un attrait spéculatif. A l'origine des doutes, les informations selon lesquelles il sera difficile d'organiser des assemblées générales destinées à statuer sur la fusion avant le 1er juillet 2007 du fait des élections du printemps prochain. "A ce stade, plus rien, voire même un abandon progressif de l'opération, ne peut plus être raisonnablement écarté même si et surtout aucun des deux protagonistes ne voudra tirer le premier et endosser la responsabilité officielle de l'échec", a expliqué un analyste chez CIC Securities. Pour Mark Lewis, de Deutsche Bank, les dernières informations "ajoutent de l'incertitude dans une situation déjà compliquée et si les assemblées sont reportées à juillet, le risque politique qui pèse sur l'accord va se renforcer". "L'attentisme va prévaloir jusqu'à la présidentielle", a estimé un spécialiste du secteur basé à Londres.

La décision du Conseil constitutionnel de valider la privatisation de GDF tout en en repoussant les effets après le 1er juillet a décalé le calendrier de plusieurs mois alors que les deux entreprises espéraient encore il y a peu pouvoir boucler un accord fin 2006 et le soumettre aux actionnaires en février. Le projet dépend désormais de la présidentielle. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et probable candidat de l'UMP, est resté en retrait jusqu'ici sur ce dossier tandis que l'opposition socialiste a réaffirmé son hostilité à la fusion. (AFP )