Le gouvernement belge, emmené par Guy Verhofstadt, a donc rencontré jeudi soir Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, les patrons des groupes français Suez et de GDF sur la voie d'une fusion qui donnera naissance à l'un des leaders européens dans le domaine de l'énergie. Le Premier ministre leur a adressé un message clair: la Belgique ne s'opposera pas à l'opération mais celle-ci devra s'accompagner de «changements profonds» pour ouvrir «définitivement» le marché de l'énergie en Belgique, électricité et gaz, trop largement concentré dans les mains de Suez et de sa filiale belge, Electrabel.

Le gouvernement belge se basera notamment sur les conclusions de la Creg, la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz, qui vient de remettre un avis, non contraignant, sur les conséquences de la fusion entre Suez et GDF. Pour la Creg, il n'y a pas photo: cette opération pose «un réel problème de concurrence». Et de citer plusieurs mesures correctrices possibles: la vente par Electrabel de certaines centrales nucléaires, la cession par GDF de sa participation (25 pc) dans la SPE, second producteur d'électricité dans notre pays, ou encore le retrait de Suez du capital de Fluxys (57 pc), en charge du transport du gaz naturel, d'Elia (27,45 pc), gestionnaire du réseau haute tension, et de Distrigaz (57 pc), spécialisé dans la vente et le trading de gaz naturel. Un catalogue en quelque sorte de toutes les mesures possibles, les unes n'étant pas forcément compatibles avec les autres. Autre avis qui va dans le même sens, celui de l'Agence internationale de l'énergie qui a critiqué vendredi le monopole d'Electrabel.

Enel dans l'ombre

L'équipe Verhofstadt veillera donc à créer les conditions d'ouverture de la production électrique avec, pourquoi pas, la présence dans notre pays de trois opérateurs. Au menu dans le gaz, notamment, l'ouverture à la concurrence du très stratégique terminal de Zeebrugge, noeud des échanges gaziers en Europe. Autre exigence: le respect des engagements pris par Suez au lendemain de l'OPA lancée sur Electrabel, le maintien du centre de décision dans l'énergie à Bruxelles en tête.

S'il ne devait pas obtenir de la part de Suez-GDF des avancées notables pour ouvrir le marché, le gouvernement belge pourrait agiter l'épouvantail de la présence d'un commissaire du gouvernement au sein du nouveau groupe. En tout état de cause, et étant donné l'impact de l'opération sur le marché belge, le gouvernement belge devrait saisir le Conseil de la concurrence, une fois l'opération de fusion notifiée à la Commission européenne.

Et l'Italien Enel? Il semble laisser une dernière chance à la diplomatie -le ministre italien de l'économie Giulio Tremonti rencontrera lundi son homologue français Thierry Breton- pour mettre la main sur certains actifs énergétiques de Suez, entendez Electrabel. A défaut, Enel pourrait lancer rapidement son OPA sur Suez. Les derniers pronostics? Le week-end du 18 et 19 mars. A confirmer évidemment...

© La Libre Belgique 2006