À PARIS

C'était la foule des grands jours mardi au luxueux hôtel Westin pour la présentation du mariage entre Suez et Gaz de France. Les patrons des deux sociétés, Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, ont répété à plusieurs reprises qu'il s'agissait d'un «projet industriel ambitieux créateur de valeur». Et de donner une série de chiffres pour le prouver: le chiffre d'affaires du nouvel ensemble atteint près de 65 milliards d'euros, le résultat d'exploitation dépasse les 10 milliards d'euros, la capitalisation boursière tourne autour de 72 milliards d'euros et le groupe compte plus de 200000 salariés (dont 160000 pour Suez).

Ce projet n'a pas été mis sur pied à la va-vite pour contrer l'éventuelle offre de l'italien Enel si l'on en croit Gérard Mestrallet. «Les réflexions et les travaux étaient engagés depuis plusieurs mois», a-il insisté. Il n'a donc pas réagi avec précipitation aux avances de Flavio Conti, le patron d'Enel, qu'il n'avait «pas le plaisir» de connaître même s'il lui a envoyé une caisse de bouteilles de Sauterne à la fin de l'année dernière, a-t-il insisté. Cette menace a peut-être accéléré les choses au même titre que la contre-offre de l'allemand E.ON sur Endesa, a précisé de son côté Jean-François Cirelli. Et de lâcher «merci Enel».

Si le groupe italien passait effectivement à l'attaque, «on se défendra», a clamé Gérard Mestrallet. Qui insiste sur le profil international et non pas franco-français du nouvel ensemble. Précisons au passage qu'Enel tiendra ce mercredi un conseil d'administration extraordinaire: les administrateurs du groupe italien examineront probablement un certain nombre d'options à la lumière des événements des derniers jours.

Calendrier

Mais l'opération Suez-GDF est loin d'être finalisée. Il est prévu de notifier en avril la fusion à la Commission européenne et aux autres autorités compétentes. La loi qui fixe à 70pc minimum la participation de l'Etat français dans le capital de GDF doit également être modifiée. Le dépôt à l'AMF (l'autorité française des marchés financiers) est prévu pour la mi-octobre et les assemblées extraordinaires opérant les modifications statutaires nécessaires pour la mi-décembre, de sorte que la fusion sera finalisée avant fin 2006. Ce sera le «cadeau pour Noël», a commenté Gérard Mestrallet.

Ce dernier rencontrera la semaine prochaine le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, avec qui il s'est déjà entretenu au téléphone lundi soir. Mais il assure que les engagements vis-à-vis de la Belgique (lire ci-dessous) «seront entièrement respectés». Sur des cessions d'actifs en Belgique qui pourraient être faites en raison des problèmes de concurrence, il s'est montré très flou. «Il y aura une discussion s'il y a lieu de procéder à certaines adaptations par rapport à des positions trop fortes.»

Un tandem

Le nouveau groupe sera dirigé par un «tandem». Soit, il y aura un conseil d'administration qui sera présidé par Gérard Mestrallet et dont Jean-François Cirelli sera vice-président. Soit, il y a un directoire dans lequel on retrouve les deux patrons.

En matière de synergies (500 millions d'euros par an), quelques précisions ont été données hier. «On n'a pas l'habitude de faire des effets de manche», a souligné Jean-François Cirelli. Les principales synergies devraient être réalisées au niveau de l'approvisionnement d'énergie. L'«élément clé» de cette fusion repose sur la convergence entre le gaz et l'électricité.

L'Etat français sera l'actionnaire de référence du futur groupe avec 34,6pc loin devant GBL (4,1pc).

Pour ce qui est du pôle environnement (eau et déchets), Gérard Mestrallet a répété qu'il n'était pas question de le vendre. «C'est un atout pour le groupe d'avoir cette branche performante.»

© La Libre Belgique 2006