Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, les patrons de Suez et Gaz de France, ont choisi «Les Echos» et le «Financial Times» pour livrer leurs premières réactions aux griefs de la Commission européenne à propos de la fusion des deux groupes qu'ils dirigent. Et comme prévu, ils se montrent prêts à faire des concessions limitées pour rendre ce rapprochement acceptable en matière de concurrence. Parmi celles-ci, il y a la vente de la participation de 25 pc que GDF détient dans la SPE, le deuxième opérateur énergétique en Belgique loin derrière Electrabel. Une telle cession «fait partie de notre réflexion», explique M. Cirelli.

Gérard Mestrallet a aussi l'air prêt à lâcher un peu de lest du côté du marché gazier belge. Le mariage Distrigaz (filiale de Suez) et de GDF gonflerait la part de marché du nouveau groupe de 12 pc. Il faudrait «corriger cette situation en rétrocédant au moins l'équivalent» aux concurrents, explique-t-il. Mais pas question de vendre Distrigaz.

Concernant les réseaux et donc notamment Fluxys, les deux patrons sont très fermes. «Notre conviction est que nous pouvons régler les problèmes soulevés par Bruxelles sans céder le contrôle de nos infrastructures», souligne M. Cirelli. «La propriété des réseaux n'entrave en aucune façon la concurrence», ajoute M. Mestrallet qui veut bien améliorer leur «régulation ou (leur) fonctionnement».

Les deux patrons donnent aussi des nouveaux arguments en faveur de la fusion alors que le spectre d'une OPA d'Enel s'éloigne. Le rapprochement que vient d'opérer le Russe Gazprom et l'Algérien Sonatrach, fournisseurs de gaz des deux groupes, «peut être lourd de conséquences pour les consommateurs européens», souligne M. Mestrallet. Il «montre surtout que nous, clients, avons raison pour peser plus lourd. Car dans ce métier, plus on est gros, mieux on négocie», précise M. Cirelli. Quant au scénario parfois évoqué d'une offre hostile de Gazprom sur Suez-GDF, il est écarté par MM. Mestrallet et Cirelli.

La Commission doit prononcer son verdict le 25 octobre. D'ici là aura lieu le débat au Parlement français. Reste aussi à voir comment réagiront les dirigeants politiques belges. Mais, comme le dit un observateur, en cette période préélectorale, ils ont d'autres chats à fouetter...

© La Libre Belgique 2006