Le groupe français d’eau et de traitement de déchets Suez a une nouvelle fois repoussé mercredi les propositions “floues” de son concurrent Veolia, qui avait dévoilé un peu plus tôt une offre améliorée et des concessions pour racheter 29,9 % détenus par Engie dans Suez. Suez en appelle dans un communiqué “au Conseil d’Engie et à ses actionnaires pour ne pas décider de l’avenir de Suez dans les conditions et le calendrier dictés par Veolia”, dont l’offre expirait à minuit. Veolia a toutefois, comme promis, amélioré mercredi matin cette offre, qui atteint désormais près de 3,4 milliards d’euros contre 2,9 milliards précédemment. Sous la pression des pouvoirs publics, le groupe a aussi tendu une main à son concurrent, alors que les discussions n’avaient cessé de s’envenimer depuis des semaines.

Le temps de discuter

Il propose à Suez une période de discussions de six mois “pour rechercher les bases communes d’un accord” et s’engage pendant cette période à ne déposer “une offre publique portant sur 70,1 % du capital de Suez qu’à la condition qu’elle soit amicale”.

Mais Suez a sans surprise repoussé ces nouvelles avances, “floues” et qui “ne garantissent pas l’intérêt des actionnaires et parties prenantes”.

“Je suis désireux de prouver que mon offre n’a jamais été hostile, c’est pourquoi je suis prêt à donner un gage important en contrepartie d’efforts semblables de la part de Suez”, a expliqué pour sa part le PDG de Veolia, Antoine Frérot.

Au-delà du 31 mars 2021, une OPA hostile restera toujours possible “mais ce n’est pas ce que j’envisage”, “ce n’est pas l’esprit de mon offre du tout”, a assuré M. Frérot.

À la Bourse de Paris, l’action Suez a pris 5,93 % à 15,80 euros, dans un marché en baisse. Veolia progressait également (+0,55 %), ainsi qu’Engie (+1,24 %). “Le prix offert par Veolia est très attractif et nous pensons qu’Engie trouvera difficile de refuser”, ont jugé les analystes de Jefferies. “Si Engie accepte, nous voyons un chemin pour une fusion amicale compte tenu des concessions de Veolia.”

En contrepartie, Veolia demande à son concurrent de désactiver la fondation de droit néerlandais qui devait abriter son activité Eau France, et destinée à faire capoter un rachat. Veolia a en outre réitéré son engagement de “maintenir l’ensemble de l’emploi des salariés en France”. Du côté d’Engie, le président du conseil Jean-Pierre Clamadieu a exprimé son souhait d’avancer vite dans ce dossier. Il souhaite en effet dégager des capacités financières pour se développer dans les domaines jugés stratégiques, les énergies renouvelables et les infrastructures.

L’État français, par ailleurs actionnaire d’Engie à hauteur de 23,6 %, a manifesté à plusieurs reprises son souhait de temporiser.

“L’État ne cédera à aucune pression. On n’est pas à une semaine, 15 jours ou trois semaines près”, a répété mardi le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Les enjeux sont élevés : Suez estime que près de 5 000 emplois pourraient être supprimés en France si l’opération allait à son terme, ce que dément fermement Veolia. L’intersyndicale CFE-CGC, CFDT, CFTC, CGT et FO de Suez a dénoncé mercredi une opération “sans aucune transparence, confidentielle, voire pré-orchestrée”. Elle “étudie la possibilité de solliciter le procureur du Parquet national financier de Paris pour demander l’ouverture d’une enquête sur les conditions, qui (lui) paraissent contestables voire délictueuses, de la tentative de démantèlement du groupe Suez”