Suez a décidé de réorganiser son pôle énergétique. Electrabel se prépare en effet à lui racheter Tractebel qui regroupe les activités énergétiques du groupe franco-belge en dehors de l'Europe ainsi que les participations de Suez dans Distrigaz et Fluxys. Cette transaction, révélée mardi par "Le Soir", pèserait entre 15 et 20 milliards d'euros. Elle a été examinée par les conseils d'administration d'Electrabel et de Suez. "On confirme qu'une étude de cession est en cours", commente-t-on du côté de Suez.

Cette opération s'explique avant tout pour des raisons fiscales et financières. Ayant une liquidité abondante, Electrabel dispose d'une capacité d'emprunt insuffisamment utilisée, comme le soulignaient souvent les analystes. On fait donc remonter le cash vers Suez qui est nettement plus endetté. On crée ainsi un effet de levier. "C'est une opération de bonne gestion qui procure un effet positif sur la rentabilité des actionnaires", souligne Marc Debrouwer, analyste chez Petercam.

A contrario, comme plaisantait un analyste, il ne s'agit pas d'une bonne nouvelle pour le ministre des Finances Didier Reynders qui percevra donc moins d'impôts du côté d'Electrabel.

Pour beaucoup d'analystes, cette réorganisation était inscrite dans les astres. Elle était déjà revendiquée par Philippe Bodson, l'ex- patron de Tractebel remercié à la fin des années 90. Mais à l'époque les Français ne se montraient pas favorables à une opération qui aurait fait descendre leur participation au-dessous des 50 pc. Ils voulaient franchir un certain nombre d'étapes dont la prise de contrôle total d'Electrabel.

Cette opération intervient donc logiquement après l'annonce lundi d'une offre publique de reprise sur les actions d'Electrabel que Suez ne détient pas encore (1,38 pc). En devenant propriétaire d'Electrabel à 100 pc, Suez aura les mains entièrement libres.

Centrales nucléaires

Les conditions de ce "squeeze out" doivent faire l'objet d'un rapport d'un expert indépendant. Et d'ores et déjà, la pression se fait sentir. Actionnaire d'Electrabel, Deminor Active Governance Fund (DAGF), un fonds mis sur pied par Deminor, annonce dans un communiqué qu'il "sera très attentif à ce que le processus de squeeze out soit organisé de façon à ce que les intérêts de tous les actionnaires d'Electrabel soient pris en compte". Il estime que le prix proposé doit être basé sur la "fair value" actuelle d'Electrabel et que celle-ci "devra prendre en compte les perspectives d'Electrabel concernant le rallongement éventuel de la durée de vie des centrales nucléaires en activité, tel que le laissent entrevoir les négociations sur l'émission de gaz à effets de serre, au niveau européen".