Quel est le sujet de votre thèse, pour laquelle vous avez séjourné deux ans au Brésil?

Je travaille sur les entreprises d’économie sociale et solidaire, c’est-à-dire sur des organisations privées qui produisent de manière continue des biens et services mais qui ne poursuivent pas une finalité capitaliste, de maximisation du profit. Elles sont actives dans beaucoup de domaines de production. J’analyse comment ces entreprises, dans deux contextes différents, celui des pays européens et au Brésil, combinent de différentes manières des objectifs économiques et sociaux et comment elles s’inscrivent dans l’espace public et s’articulent à la régulation publique, aux politiques publiques.

Vous travaillez également au CERISIS. Quelle est sa vocation?

Le CERISIS (Centre de Recherche Interdisciplinaire pour la Solidarité et l’Innovation Sociale) est un centre de recherche de l’UCL, basé à Charleroi, qui tente, d’allier pertinence scientifique et pertinence sociale, c’est-à-dire que nous menons, en partenariat avec les acteurs de terrain, des analyses scientifiques, dans les domaines de l’économie sociale, de la sociologie de l’éducation et de la psychologie sociale, sur les mécanismes producteurs d’inégalités sociales et sur les processus susceptibles d’améliorer ces situations.

IL FAUT RECONNAITRE LE CARACTERE HYBRIDE DE L'ECONOMIE SOCIALE

Que préconisiez-vous dans votre mémoire pour lequel vous avez remporté plusieurs prix, il y a quelques années ?

Je me suis intéressée aux entreprises d’insertion, c’est-à-dire aux entreprises (donc qui ont une activité continue de production de biens et services, qui sont autonomes et encourent des risques économiques) qui poursuivent une finalité d’inclusion sociale, à travers l’engagement de travailleurs exclus du marché du travail. Je parlais de reconnaître le caractère hybride de ces entreprises d’économie sociale, dans la mesure où elles combinent de manière indissociable une valeur ajoutée marchande et une valeur ajoutée non marchande.

Or, la plupart des débats publics autour de l’économie sociale se fondent sur la distinction entre l’économie sociale dite marchande et l’économie sociale dite non marchande, ce qui reflète la traditionnelle distinction entre l’Etat d’une part et le marché d’autre part.

Reconnaître le caractère hybride de l’économie sociale, c’est permettre à ces entreprises de poursuivre une finalité collective tout en étant actives sur des marchés. Je me suis fort attachée aux différentes ressources mobilisées par ces organisations, pour étudier la manière dont l’articulation opérée de celles-ci influence aussi en retour les objectifs poursuivis.

Quelle est la spécificité du Brésil?

Au Brésil, on parle davantage d’économie solidaire, qui prend souvent ses racines dans l’économie populaire, c’est-à-dire dans l’économie entreprise par les personnes issues du milieu populaire, exclues des circuits conventionnels d’emploi et de protection sociale.

L’économie solidaire prolonge ces pratiques, dans lesquelles elle puise ses fondements et sa rationalité, mais avec une dimension entrepreneuriale collective et l’affirmation explicite de valeurs de fonctionnement telles que la coopération, la solidarité et l’autogestion. Parfois, différentes initiatives d’économie solidaire se mettent en réseau pour répondre de manière intégrée à des besoins sociaux non-assouvis dans le quartier, s’inscrivant alors dans une perspective de développement local.