Trente-trois pays sur les trente-quatre conviés par la Belgique et le ministre de l’Economie Kris Peeters (CD&V), ce lundi à Bruxelles, à participer à une réunion pour essayer de trouver des solutions au sérieux problème de surcapacité d’acier, ont dû le penser très fort, sans pouvoir le dire. Le discours tenu par la délégation chinoise était un monument de mauvaise foi.

La Chine est en effet pointée de concert comme étant la source numéro un de la surcapacité. Sa sidérurgie, qui bénéficie de subsides d’Etat, inonde les marchés d’acier vraiment très bon marché. Sa production dépasse allégrement ses besoins intérieurs. En conséquence, le marché mondial de l’acier est plus que morose, les fermetures d’usines et les licenciements se multiplient dans bon nombre de pays et les plaintes anti-dumping contre la Chine s’accumulent.

Des ministres européens, indien, américain, mexicain et chinois ainsi que des représentants de la Commission européenne et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se sont donc réunis, sous l’égide de l’OCDE, pour mettre les choses à plat.

Florilège chinois

Le résultat : un flop. La Chine s’est dédouanée, sans sourciller, de toute responsabilité dans cette crise de surcapacité. Morceaux choisis de la défense chinoise. "Les causes de la surcapacité sont à trouver dans la baisse de la demande et dans la récession économique mondiale, provoquée par la crise financière. Toute autre raison ou analyse invoquée ne nous conduira qu’à faillir à trouver des solutions adaptées", a fait savoir le ministre adjoint Zhang Ji. "Il y a trois ans, la Chine a réduit ses exportations et nous exportons moins que d’autres pays." Ou encore : "Nous suivons scrupuleusement les règles de l’OMC (dont la Chine n’est pas membre mais qui postule pour l’être, NdlR) et ne donnons aucun subside d’Etat à l’export. Nous n’en avons pas les moyens et, quand bien même, la population chinoise ne le tolérerait pas".

Zhang Ji a affirmé que son gouvernement avait pris des mesures "solides" afin de s’attaquer au problème de surcapacité, comme diminuer sa production ou allouer une enveloppe de 100 milliards de yuans (plus de 13,5 milliards d’euros) pour aider ses entreprises sidérurgiques à réimplanter les licenciés du secteur dans d’autres types d’activités. Le ministre adjoint s’est indigné de la prise de mesures protectionnistes pour restreindre les importations d’acier.

On choisit d’éviter le clash

L’embarras des autres délégations présentes à la conférence de presse de clôture était palpable. Les représentants américain et britannique ont été les plus mordants, soulignant la responsabilité chinoise. A la sortie, Kris Peeters nous a confié que c’est une approche diplomatique qui a été privilégiée pendant la réunion. "On voulait éviter le clash afin de ne pas braquer les Chinois." Un membre de la délégation belge s’est dit "confiant que la Chine va finir par s’aligner, vu son isolement". Le ministre a ajouté : "On avance petit à petit". Ce n’est pas ce qu’attendaient les sidérurgistes européens qui réclament des solutions en urgence.