Climat social tendu chez Tecteo, l’intercommunale active dans les secteurs de l’énergie, de la télédistribution et propriétaire de la marque Voo (triple play TV-téléphone-Internet). Le personnel s’est prononcé jeudi à plus de 90 % pour des actions de grève qui ont démarré vendredi (4 heures d’arrêt de travail) et qui risquent de se prolonger la semaine prochaine. Comme revendications, les travailleurs refusent les mesures d’économies qu’envisage de prendre la direction, notamment pour rester à flot et faire face aux contraintes légales du secteur de la distribution d’électricité en Belgique. "Nous demandons au préalable le maintien des acquis du statut pour tous les travailleurs nommés (environ 650 personnes) et la suspension de l’urgence avancée par la direction pour nous imposer un calendrier trop court de discussions. Celles-ci ont commencé le 23 juin et la direction voudrait que tout soit clôturé pour le 3 juillet", nous a confié Joël Thone, secrétaire régional intersectoriel de la CGSP-Liège. Il annonce donc une grève pour lundi et le reste de la semaine prochaine.

En effet, pour élaborer ces mesures, la direction de Tecteo a fait appel au bureau d’experts Mc Kinsey qui a fait un audit de la société et identifié les pistes d’économies. D’après eux, la société peut valablement prendre des mesures susceptibles de lui permettre de réaliser 15 % d’économies sur les coûts opérationnels et 40 % sur les dépenses d’investissements. Au total, les économies ont été chiffrées à 20 millions d’euros contre 13 millions d’euros avancés précédemment. Les experts ont conclu que le personnel est en surnombre de 229 travailleurs au sein de l’activité de Gestionnaire du réseau de distribution (GRD) qui emploie environ 700 personnes. Ils ont conseillé aux dirigeants de Tecteo de mieux gérer leurs achats et leur réseau. "Face à ces conclusions, on avait le choix entre trois options : initier un vaste plan de licenciement des 229 personnes, mettre en place une réduction linéaire des salaires de 15 % de tout le personnel, mettre en place un plan complexe qui ne fait pas supporter uniquement au personnel le poids de la rationalisation", explique Pol Heyse, directeur financier de Tecteo. Il rappelle que les négociations ont démarré le 10 février et soutient que les mesures résultent de la décision de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg). Celle-ci a bloqué les tarifs de distribution 2009-2012 de plusieurs intercommunales mixtes et pures depuis des mois et a refusé d’avaliser l’évaluation de l’actif de Tecteo, laquelle entre en ligne de compte dans l’élaboration des tarifs.

La direction dit avoir choisi de s’inscrire dans un programme de diversification des activités : audits énergétiques dans les bâtiments publics, développement d’un projet cartographie, remplacement des compteurs intelligents (smart metering) qui informeront les clients sur leur consommation d’énergie, placement de panneaux solaires photovoltaïques. Elle entend également réduire le recours à la sous-traitance. "Tous ces développements vont nécessiter du personnel et les 229 agents en surnombre pourront y trouver une opportunité de réorientation de leur carrière", soutient Pol Heyse. Tecteo envisage aussi de faire passer le temps de travail de 36 à 38 heures semaine et ce, sans augmentation de salaire, mais avec des mesures incitatives à l’amélioration de la productivité. Ainsi, tout en garantissant le régime statutaire de ses agents, Tecteo veut l’adoucir en y intégrant une dose de règles en cours dans le privé, synonymes de motivation et de résultats. Par conséquent, un agent qui écope de deux évaluations négatives successives se verra sanctionner : suppression de la prime annuelle, licenciement, etc. "Je vois mal comment on peut en même temps parler de réduction des investissements et soutenir qu’on veut développer les énergies renouvelables ou d’autres activités", conclut M.Thone.