Pas d'indication de manipulation de cours. Pas d'indication de non-respect des règles de conduite. Telles sont les deux principales conclusions de l'analyse détaillée menée par la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) suite à l'introduction sur Euronext Bruxelles du câblo-opérateur flamand Telenet.

Petit rappel des faits: le 11 octobre dernier, Telenet fait son entrée sur la Bourse à un prix de 21 euros par action. Soit déjà le minimum de la fourchette de prix initiale, qui oscillait entre 21 et 25,50 euros. Mais dès les premières minutes de cotation - et même avant si on examine les ordres passés lors de la période de pré-ouverture -, le cours de l'action Telenet s'effondre. Celle-ci termine la journée à 19,10 euros, soit une dégringolade de plus de 9 pc. Et le volume traité est énorme: plus de 10,77 millions d'actions Telenet sont achetées ou vendues ce jour-là, c'est-à-dire vingt fois plus que la moyenne journalière depuis lors.

Collaboration européenne

Rapidement, des questions se posent quant au rôle joué par le syndicat d'émission, soit les six banques qui ont coordonné l'opération: JP Morgan, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Goldman Sachs, KBC Securities et Petercam. D'où la décision prise par la CBFA d'ouvrir une enquête afin de vérifier s'il n'y a pas eu de manipulation de cours.

Mais pourquoi cette enquête a-t-elle duré aussi longtemps? «Tout simplement parce qu'elle ne se base pas sur un échantillon mais sur l'intégralité des transactions effectuées par les membres du syndicat durant la journée du 11 octobre», répond Jean-Paul Servais, le vice-président de la CBFA. «Nous avons donc procédé ordre par ordre, en veillant en plus à ne pas nous baser sur une seule source d'information pour obtenir les données.»

L'enquête de la CBFA a également été ralentie par le fait qu'un grand nombre de données analysées provenaient d'autres pays de l'Union européenne. «La collaboration avec les autres organes de contrôle européens a très bien fonctionné mais il est évident que notre alter ego britannique par exemple ne pouvait pas nous fournir ses données du jour au lendemain», dit Eddy Wymeersch, le président de la CBFA.

Les conclusions présentées ce mardi signifient-elles que dans le dossier Telenet, c'est «circulez, y a rien à voir» ? «Disons que notre analyse montre qu'il n'y a pas eu d'irrégularités du côté du syndicat des banques», répond Jean-Paul Servais. «Mais notre travail ne couvrait ni la question du prix d'introduction ni celle des relations entre les membres du syndicat et la société Telenet, qui ne relèvent pas de nos compétences.» Or, on sait que ces deux questions ont elles aussi été au centre de polémiques, bon nombre d'observateurs estimant notamment que Telenet a été introduit à un prix bien trop élevé.

Du côté de la CBFA, on mettait surtout en avant le côté exemplatif de l'analyse menée ces derniers mois. «C'est une enquête modèle», affirme Eddy Wymeersch. «Elle montre que les sociétés ne peuvent plus cacher certaines choses, que la vérité ressort toujours.»

Et le président de la Commission d'espérer que le travail va accroître la confiance des Belges dans la Bourse de Bruxelles. «La preuve est faite que nous sommes un marché honnête et correct, qui combat les manipulations», conclut-il.

© La Libre Belgique 2006