L'arrestation de la directrice financière du groupe Huawei au Canada, à la demande de Washington, fait polémique en Chine, comme rarement depuis le début de la guerre commerciale opposant les Etats-Unis au pays de géant asiatique. A tel point qu'un tribunal local a prononcé l'interdiction de vente des Iphone à quatre filiales chinoises. Cependant, mardi, les magasins Apple du pays continuaient de les commercialiser.

Selon le géant américain des semi-conducteurs Qualcomm, le tribunal intermédiaire de Fuzhou (est de la Chine) a ordonné à quatre filiales chinoises d'Apple de cesser la vente et l'importation de la plupart des modèles d'iPhone, accusés par Qualcomm de violer certains de ses brevets.

Mais les magasins Apple contactés par l'AFP à Pékin, Shanghai et Fuzhou ont assuré qu'ils continuaient de proposer à la vente les appareils concernés, confirmant un communiqué de l'entreprise.

Apple a indiqué vouloir utiliser tous les moyens légaux pour se défendre. De leur côté, des employés d'un Apple Store de Pékin ont précisé n'avoir reçu aucune directive interne au sujet de l'injonction du tribunal.

Tout profit pour Huawei en cas d'interdiction effective

"Si l'interdiction s'imposait, il n'y aurait plus de produits Apple à moins de 6.500 yuans (825 euros) en Chine", de quoi laisser libre cours aux fabricants chinois de smartphones à commencer par le géant des télécoms Huawei, indique à l'AFP Wang Xi, analyste du cabinet IDC.

Ce revers judiciaire, nouvel épisode dans une longue bataille qui oppose Apple à son compatriote Qualcomm, intervient alors que les iPhone sont la cible en Chine d'un vif ressentiment nationaliste après l'arrestation au Canada d'une dirigeante de Huawei, à l'instigation des Etats-Unis.

Celle-ci, Meng Wanzhou, est soupçonnée de complicité de fraude visant à contourner les sanctions américaines contre l'Iran. Pékin a violemment dénoncé un traitement "inhumain", à l'unisson d'une vaste campagne d'indignation des médias officiels chinois. Elle a depuis été libérée sous caution.

De quoi, par contrecoup, alimenter une vague de réactions nationalistes très hostiles à Apple sur la populaire plateforme de microblogs Weibo: "Et si la Chine fermait ses portes à Apple, de la même manière que les Etats-Unis proscrit Huawei?", fulminait un internaute.

Subventions et récompenses patriotiques

Plusieurs entreprises technologiques chinoises ont emboîté le pas: Chengdu RYD Information Technology, firme tech du sud-ouest, a promis à ses employés des "récompenses" s'ils achetaient des appareils Huawei, selon une notice interne divulguée en ligne et confirmée par l'entreprise sur son compte officiel de messagerie WeChat.

De même, la Chambre de commerce de Nanchong à Shanghai a confirmé offrir des subventions à ses employés désireux d'acquérir un smartphone Huawei et qu'au contraire, les employés et dirigeants utilisant des produits Apple risquaient de "perdre leur poste".

Longtemps très populaire en Chine, Apple a dégringolé au cinquième rang des vendeurs de smartphones sur ce marché stratégique, dépassé par l'essor fulgurant des fabricants locaux - Huawei, Xiaomi et les nouveaux-venus Oppo et Vivo - selon le cabinet IDC.