Les ministres fédéraux de la Défense et de la Mobilité, Didier Reynders et François Bellot, ont insisté jeudi sur l'impossibilité actuelle de mettre à contribution des contrôleurs aériens militaires pour pallier le manque d'aiguilleurs du ciel de l'entreprise publique Skeyes, dont certains se déclarent, depuis des semaines, malades avant de prendre leur service, mettant en danger "plusieurs milliers d'emplois", selon le second. Les deux catégories de contrôleurs ne disposent pas des mêmes équipements et d'une correspondance des licences, ont souligné en coeur les deux ministres MR lors d'une visite à la base aérienne de Florennes, où M. Reynders a notamment effectué un vol en F-16 biplace.

Le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), avait suggéré mercredi de mettre en stand-by les contrôleurs aériens de la Défense pour pallier le manque de contrôleurs aériens de Skeyes. "Nous ne pouvons pas laisser prendre en otage nos aéroports, notre économie et nos vacanciers par des contrôleurs aériens soit-disant malades", avait-il indiqué.

La Défense et la Mobilité ont prévu l'intégration graduelle de l'espace aérien belge, militaire et civil. Ce qui va se traduire par le déménagement prochain des contrôleurs militaires installés à Semmerzake (Flandre orientale) vers les locaux de Skeyes à Steenokkerzeel, juste à côté de l'aéroport de Zaventem, pour un travail en symbiose avec leurs collègues de l'aviation civile.

"Aujourdhui, les (contrôleurs) militaires ont des licences militaires et les civils des licences civiles", a expliqué M. Bellot à l'agence Belga.

"Il faut former les contrôleurs de part et d'autre pour qu'ils partagent les mêmes équipements, les mêmes technologies, les mêmes procédures pour obtenir les mêmes licences. Et cela, ça prend deux ans", a ajouté le ministre fédéral de la Mobilité, en réponse à son homologue flamand.

M. Reynders, qui est également vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a abondé dans le même sens devant la presse venue en nombre à Florennes.

"Les contrôleurs aériens militaires n'ont pas les licences ni l'autorité pour reprendre (en charge) les vols civils, sauf en cas exceptionnel", a-t-il affirmé.

Selon lui, l'intégration des deux services va se poursuivre, mais ce ne sera qu'à l'horizon 2030 que les contrôleurs auront "les mêmes statuts".

M. Bellot a lui aussi souligné qu'en "situation cas d'urgence" - comme une interruption totale des services de Skeyes à la suite d'une panne, ce qui s'est déjà produit - , les militaires "peuvent suppléer comme ils le peuvent" en ordonnant aux avions civils en vol de "quitter le territoire" belge et d'aller "vers l'extérieur". Dans une telle situation et en cas de "trafic significativement réduit", des contrôleurs aériens des pays voisins sont aussi en mesure de "prendre le relais" et de contrôler les avions volant dans l'espace aérien belge", a-t-il précisé.

Il a par ailleurs lancé un appel aux responsabilités "des uns et des autres" pour aboutir à une solution dans la négociation entre direction et syndicats, sous l'égide d'un médiateur social.

"Il n'y a pas de grève. Les gens (les contrôleurs) se portent malades mais ils ne se rendent pas compte que, par effet domino, ils mettent en danger plusieurs milliers d'emplois souvent peu qualifiés de gens qui tiennent à leur boulot", a dit M. Bellot, dans une allusion aux sociétés de manutention aéroportuaire, principalement de fret, comme celles actives aux aéroports de Bruxelles et de Liège.

L'organisation Air Cargo Belgium, qui représente des compagnies de fret actives à Brucargo, a ainsi tiré à son tour mercredi la sonnette d'alarme après de multiples interruptions nocturnes du contrôle aérien consécutives à une grogne sociale et une absence de personnel chez Skeyes.