Par un douloureux ricochet, la crise du secteur du logement a frappé l’industrie belge du textile. Le choc est d’autant plus rude que plus de la moitié de la production nationale se concentre sur les produits d’intérieur, à savoir les tapis, moquettes et autres tissus d’ameublement. Et comme si cela ne suffisait pas, un tiers de cette production traverse la Manche à destination de la Grande-Bretagne, où le cours des devises est défavorable, mais qui est surtout un des pays où la crise immobilière se fait le plus durement sentir en Europe occidentale, avec l’Espagne et l’Irlande.

Du coup, le monde du textile accumule les chiffres préoccupants: en 2008, la production a baissé de 12 % en volume, plombant le chiffre d’affaires de 14 %. Côté emploi, les données de Fedustria - l’organisation professionnelle des fabricants belges du textile, du bois et de l’ameublement - mentionnent la perte de 2 500 postes entre août et décembre 2008. Et depuis janvier, 1 000 autres ont disparu Pour un secteur englobant quelque 30 000 emplois directs, c’est énorme. A cela s’ajoute un recours de plus en plus fréquent au chômage technique. "Fin 2008, environ 20 % des jours de travail ont été transformés en chômage économique contre 10 % en moyenne auparavant", constate Fedustria. "Et on compte bien une cinquantaine de firmes ayant procédé à une forme de restructuration, dont les diminutions d’effectifs", déplore Fa Quix, directeur général de Fedustria.

Comment s’armer contre cette crise? La pérennité du secteur passe par une mutation, tant son modèle actuel étale ses limites. L’avenir commence d’abord par une cure d’amaigrissement: "il y a clairement une surcapacité en termes de volume produit", confirme Fa Quix. "Lorsque la conjoncture s’améliorera, cette surcapacité n’aura plus les proportions alarmantes d’aujourd’hui, mais elle ne disparaîtra pas pour autant. Il faudra s’y adapter et produire moins". Bref, c’en est fini de la production de masse. Ou plutôt, déjà fini : en 2008, le degré d’utilisation de la capacité de production du secteur calait à 73,7 %, contre 78,4 % un an plus tôt. En janvier, les firmes textiles belges ont atteint un plancher historique, en activant à peine 60 % de leur potentiel de production Il s’agit entre autres d’un reflet de la baisse de confiance des entrepreneurs, pointée par les études de la Banque nationale.

Au cœur de ce problème, le secteur des tapis pleins: la Belgique est en effet un des plus gros producteurs d’Europe. Mais sa réputation est en jeu. A terme, la quantité devra être troquée contre un bonus d’innovation, de créativité ou de qualité. "Les fabricants savent qu’il s’agit d’un pari sur l’avenir", affirme Fa Quix. "Ils travaillent la capacité des tapis à absorber le bruit, un traitement supplémentaire des fibres ou encore la facilité d’entretien". C’est la tendance upgrade, à laquelle on peut ajouter une volonté d’améliorer le service clientèle. Pour reprendre du poil de la bête, le monde du textile ne doit en effet pas trop compter sur les autres: à court terme, on n’attend aucune amélioration de l’activité économique de ses partenaires commerciaux.