Il a fallu 4 longs mois à l'Europe pour envisager de lancer la procédure de sauvegarde avalisée par l'OMC face à la flambée des importations de textile chinois consécutive à l'abrogation des quotas mondiaux le 1erjanvier dernier. Et encore, la décision ne sera-t-elle prise que ce mardi, voire ce mercredi, et ne concerne-t-elle que 9 catégories de produits.

Un grand pas plus loin

Et voilà que, tout à coup, à la veille -ou l'avant-veille- de la prise de décision, certains pays veulent aller beaucoup plus loin et, surtout, beaucoup plus vite. L'initiative est à mettre au crédit de l'Italie et, surtout, de la France, qui voit la date du référendum... incertain sur le traité constitutionnel européen approcher à grand pas et qui a fait de ce dossier «chinois» un test pour démontrer que l'UE défend ses intérêts dans la mondialisation.

A deux, et même à trois, le Portugal s'étant fermement engagé à leurs côtés, ils ont réussi à avoir l'assentiment de la Belgique, de l'Espagne, de la Grèce, de la Pologne, de la Lituanie, de la Slovénie, de la République Tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie et de Chypre. Leur objectif? Appuyer, en front commun -«13 sur 25, mais pas 13 contre 12», ont-ils fait savoir-, une demande officielle d'application immédiate des clauses de sauvegarde face à l'explosion des importations de textiles chinois. Au lieu de se donner deux mois de délai pour convaincre la Chine par le biais de consultations informelles de réguler ses exportations sur le marché communautaire, ils demandent que la Commission passe au plus vite à des pourparlers formels dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce.

Certains pays, Espagne et Portugal, notamment, veulent également élargir le nombre de produits en provenance de Pékin sur lesquels Bruxelles va enquêter à une vingtaine contre 9.

La Commission ayant besoin d'une demande formelle d'un Etat membre pour examiner une procédure d'urgence, celle-ci viendrait de la France, plus exactement des ministres de l'Industrie, Patrick Devedjian, et du Commerce extérieur, François Loos, qui devraient envoyer un courrier ad hoc pour mardi.

Ballon d'oxygène

Tous les Etats membres ne sont pas de cet avis. Certains comme la Suède, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas estiment que les consommateurs seraient gagnants si davantage de concurrence de l'étranger faisait baisser les prix des vêtements et mettent en garde contre une forme de protectionnisme. «L'industrie textile a eu dix ans pour se préparer à la levée des quotas», juge ainsi le secrétaire d'Etat suédois au Commerce, ajoutant qu' «il n'y a aucune raison d'introduire maintenant des limites». Et d'inviter les entreprises textiles européennes à devenir plus compétitives.

Selon certains analystes, la crise promet de mettre à dure épreuve les convictions libre- échangistes du commissaire européen pour le Commerce, Peter Mandelson. «Son instinct est hostile au protectionnisme mais il n'est pas un néo-libéral dogmatique. Il ne refuserait pas d'agir pour des motifs idéologiques», affirme un responsable européen.

En annonçant un premier pas vers l'utilisation éventuelle de mesures de sauvegarde pour contrer la forte poussée des importations venues de Chine depuis la fin des quotas textiles, le Commissaire a réaffirmé son credo: «Je crois au commerce libre, à l'ouverture des marchés et je ne ferai rien qui puisse nous priver des bénéfices de cette ouverture.» Et d'ajouter: «Si certains intérêts en Europe veulent une guerre commerciale avec la Chine, ils ne s'adressent pas à la bonne personne.» Raison pour laquelle il s'est entouré d'un luxe de précautions pour garantir que la Commission agirait sur des bases inattaquables au regard des règles de l'OMC et transparentes pour les Chinois comme pour les producteurs européens.

Loin de lui l'idée d'une protection permanente qui épargnerait à l'industrie européenne les adaptations nécessaires, mais d'un «ballon d'oxygène, un sursis pour s'adapter à la réalité, à la vie d'après les quotas», a-t-il conclu.

© La Libre Belgique 2005