Opérateur depuis 51 ans de satellites géostationnaires, ces énormes engins couvrant une zone du monde donnée depuis une altitude de 36.000 kilomètres, le Canadien Telesat se lance à son tour dans les constellations en orbite basse pour profiter des besoins toujours croissants en connexion à haut débit.

Les premiers satellites de cette constellation de 298 engins baptisée Lightspeed (vitesse de la lumière), "doivent être lancés dans à peu près deux ans (...) et les services commerciaux débuter au deuxième semestre 2023", affirme Telesat.

Les derniers lancements auront lieu en 2025, mais "nous serons en mesure de fournir un service global complet en 2024", selon Dan Goldberg, PDG de Telesat.

Le coût total du projet, dont le financement doit encore être finalisé, est de 5 milliards de dollars, confie-t-il.

Thales Alenia Space, coentreprise entre le français Thales (67 %) et l'italien Leonardo (33 %) l'a emporté à l'issue d'un appel d'offres lancé en 2017 auquel l'européen Airbus participait également.

"Avec ce contrat historique, Thales Alenia Space confirme son statut de référence industrielle mondiale dans le domaine des constellations de satellites de télécommunications", affirme l'entreprise, qui a déjà construit les 75 satellites Iridium Next, les 24 Globalstar 2 et les 20 satellites 03B.

D'un poids unitaire de 700 kilogrammes, contre plusieurs tonnes pour les géostationnaires, les satellites positionnés sur des orbites polaires et inclinées comprises entre 1.015 et 1.325 kilomètres d'altitude permettront une latence - c'est-à-dire le temps nécessaire à des données pour être reçues par le destinataire - bien plus faible que des satellites géostationnaires, une condition essentielle pour une connexion à haut débit.

Même performance que la fibre optique

Lightspeed va "offrir le même type de performances que les réseaux terrestres par fibre optique, à un coût abordable, et ce à l'échelle mondiale", explique Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space.

S'il n'y a actuellement que moins de 3.000 satellites actifs en orbite, la constellation de Telesat va venir s'ajouter à un ciel de plus en plus embouteillé.

La constellation Starlink compte déjà 953 satellites en orbite et SpaceX, appartenant à Elon Musk, compte en lancer jusqu'à 42.000. Oneweb, reprise par le gouvernement britannique avec l'indien Bharti après sa mise en faillite l'an passé, en compte déjà 110 au-dessus de nos têtes.

Elle vise 648 satellites pour parachever sa constellation et a demandé à l'autorité américaine de régulation des communications (FCC) l'autorisation d'en lancer 48.000.

Le fondateur d'Amazon Jeff Bezos compte lui aussi lancer à terme sa constellation de 3.236 satellites baptisée Kuiper.

Mais, à la différence de ces opérateurs, Telesat ne cible "pas directement le consommateur", selon Dan Goldberg.

Chaque satellite connecté à quatre autres

"Nous nous concentrons sur la réduction de la fracture numérique en fournissant des liaisons très rapides et abordables aux opérateurs de réseaux mobiles et aux compagnies de téléphone afin qu'ils puissent étendre leur couverture", explique M. Goldberg.

Parmi les cibles également visées, les avions et navires en n'importe quel point du monde et les acteurs gouvernementaux.

Pour pouvoir s'assurer selon lui d'un "avantage concurrentiel décisif sur ce marché à forte croissance", Telesat table sur des antennes actives capables de repositionner jusqu'à 135.000 faisceaux plusieurs fois par seconde en fonction des besoins, ainsi que des liaisons laser par satellite.

"Chaque satellite sera connecté à quatre autres satellites par liaison optique. Ce qui permettre d'utiliser directement le réseau (de satellites) pour connecter un point du globe à un autre et transporter les données plutôt que de passer systématiquement par une station au sol", explique Hervé Derrey.

Et Telesat ne compte pas s'arrêter là. La société a demandé l'autorisation de la FCC pour lancer 1.300 satellites supplémentaires.