The end of poverty?

The end of poverty?
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G.A. (St.)

Publié le

On ne ressort pas indemne de la projection. Nul doute que ce film devrait beaucoup faire parler de lui. The End of poverty? (La Fin de la pauvreté?) enfourche la machine à remonter le temps et démarre sa démontration au début de l'ère moderne, au commencement des aventures coloniales, pour comprendre quand et comment se sont mis en place les actuels rapports économiques mondiaux. Mais surtout pour comprendre pourquoi il y a aujourd'hui plus de deux milliards de personnes qui vivent dans le dénuement le plus extrême.

Ce film-documentaire est un outil extrêmement important parce que d'une manière implacable et vigoureuse, il démonte et explicite les mécanismes et les politiques qui, depuis la fin du 15ème siècle, ont permis de mettre sous coupe réglée les peuples du Sud et assurer le pillage de leurs ressources. Philippe Diaz construit sa démonstration en alternant de nombreuses interviews d'économistes et d'activistes parmi les plus prestigieux - citons le Prix Nobel Stiglitz - avec des images de la réalité des plus pauvres de la planète. Diaz leur donne également la parole et cela fait froid dans le dos de les entendre conter leur quotidien de misère absolue.

Dans la deuxième partie, l'auteur nous montre des exemples récents de lutte de résistance (en Bolivie par exemple) qui ont permis à certaines communautés de se réapproprier des ressources vitales qui avaient été honteusement privatisées. Et à la suite des économistes interviewés, dont une partie est issu des pays du Sud, le public découvre une série de réflexions qui sont comme autant de pistes à creuser. Pas un programme à proprement parlé mais plusieurs propositions engagées telles que l'annulation de la dette, l'arrêt de toutes les privatisations, la réintroduction de la gestion publique des biens communs ou le concept d'a-croissance dans les pays du nord pour permettre la satisfaction des biens fondamentaux dans les pays du sud.

Les réalisateurs ont travaillé trois ans sur le scénario. L'idée était d'aller voir les plus pauvres et de montrer leurs vies. Par exemple en montrant la vie des gens du bidonville de Kibera au Kenya qui est le plus grand bidonville d'Afrique de l'Est. Un million de personnes y vivent, dans un espace plus petit qu'un quartier de Bruxelles. Selon les estimations les plus pessimistes, près de 70% de ces habitants seraient séropositives.

"Je pense que les films tout comme les livres et le travail des activistes peuvent changer les choses. Mais le plus important, c'est de changer les mentalités. On vit dans une culture qui nous enseigne depuis qu'on est petit, ce que sont le capitalisme et la consommation." Pour ce réalisateur infatiguable, déjà connu pour ses documentaires Nouvel ordre mondial (quelque part en Afrique) et Réfugiés de la faim, les principaux responsables de l'actuelle situation économique sont les économistes.

  • Philippe Diaz au sujet de la crise financière aux Etats-Unis

Le titre du film avec un point d'interrogation est un clin d'oeil aux économistes et certainement à l'un des plus célèbres d'entre eux, l'américain Jeffrey Sachs, gourou du néolibéralisme reconverti sur le tard à la lutte contre la pauvreté. Sachs est l'actuel responsable des "Objectifs du Millénaire pour le Développement" des Nations-Unies. On lui doit la célèbre phrase "La gouvernance africaine est pauvre parce que l’Afrique est pauvre" dans son ouvrage La Fin de la Pauvreté paru en 2005.

Selon Diaz, les changements ne viendront pas du haut. "Tout ce qui vient du haut, c'est de rendre les riches encore plus riches." dit-il d'un ton laconique. "Ce que je voulais faire, c'était de montrer une image générale où l'on a clairement le sentiment que toutes les institutions comme le FMI et la Banque Mondiale ainsi que les structures bancaires travaillent ensemble pour faire payer les pauvres et les travailleurs."

Pour Eric Toussaint, Président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), il existe bien une interconnexion entre trois crises. "C'est clair qu'il y a une crise financière et économique, une crise alimentaire mondiale et une crise climatique. Et pour les raisons que l'on voit dans ce film. C'est le modèle de production à la fois capitaliste et productiviste qui entraîne ce que l'on voit aujourd'hui. On parle moins du changement climatique immédiatement car il n'y a pas une catastrophe climatique que l'on peut relayer aujourd'hui. On parle moins de la crise alimentaire parce qu'il y a la crise financière. Mais la crise financière et économique va aboutir à une augmentation du chômage dans les pays du nord et du sud et à une réduction du prix d'une série de matières premières dont les pays du sud sont exportateurs et c'est de l'exportation de ces matières premières qu'ils tirent une grande partie de leurs revenus pour assurer les services sociaux de base à la population, quand ils le font. On arrivera vite à une aggravation des conditions de vie d'une grande partie de la population."

  • Eric Toussaint livre son point de vue

En conclusion, une des qualités de ce film est d'appeler les choses par leur nom, de braquer les projecteurs sur les rouages du capitalisme mondialisé. Rares sont les films qui le font. Si 20% de la population de la planète utilisent 80% de ses ressources, n'est-il pas temps de se demander comment contre-balancer cet état de fait? On consomme aujourd'hui 30% de plus que ce que la planète peut regénérer. C'est clair que si on ne change pas le système, on va tomber dans le trou.

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