L'opération "Restaurer la confiance" se poursuit chez Fortis. Mercredi soir, le groupe financier a reçu quelque 300 actionnaires à l'occasion de sa deuxième session d'information, organisée dans la salle Henri Leboeuf du Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. Cette rencontre de plus de trois heures et demie a permis à Maurice Lippens et Herman Verwilst, respectivement président et administrateur-délégué du bancassureur, de prendre le pouls d'une frange de l'actionnariat de Fortis, constituée de petits porteurs. Mais sur le fond, il n'y a eu aucune nouvelle information. La séance, sorte de thérapie de groupe pour actionnaires meurtris à la suite de la déconvenue boursière du titre Fortis, a tout de même permis à certains d'exprimer leur frustration, à d'autres de confier leurs craintes et même à quelques-uns de réitérer leur confiance dans les dirigeants du groupe.

Rayon banalités, Maurice Lippens a rappelé que Fortis était un groupe "stable et sain", "en croissance", doté d'une stratégie qui "est la bonne". Sur un ton compatissant, il a expliqué qu'il savait que les actionnaires n'étaient "pas contents et même fâchés" et que le conseil d'administration regrettait, et lui le premier, d'avoir promis dans le passé qu'on ne toucherait pas au dividende du groupe, ce qui s'était finalement produit.

Ce petit mea culpa effectué, Lippens et Verwilst ont fait face aux questions des actionnaires, posées dans une ambiance décontractée. Pourquoi Votron a-t-il dû partir et Lippens a-t-il pu rester ? Le premier a succombé aux "réactions émotionnelles de groupes de pression et de la presse limitant sa marge de manoeuvre", dixit le président de Fortis. Et lui-même est resté en place à la demande unanime du conseil d'administration. "Il en va de la stabilité d'une entreprise en pleine tempête." Fortis a-t-il payé ABN Amro trop cher ? Pas du tout, selon Herman Verwilst qui a rappelé que l'intégration devrait être achevée en 2010, tandis que l'on verrait les premiers effets des synergies dès la deuxième moitié de 2009. Le patron du groupe a aussi indiqué qu'une évaluation des conséquences de la crise sur la valorisation d'ABN Amro aurait encore lieu fin 2008. Mais il assure que même en cas de révision de cette valorisation, cela n'aura pas d'effet sur les bénéfices attendus au terme de l'intégration.

Des rires ont parfois parcouru l'assistance, comme quand Maurice Lippens a répondu à un actionnaire inquiet de la présence du controversé Suleyman Kerimov : tant que le Russe "ne dépasse pas 3 pc du capital, il ne doit rien déclarer, a rappelé le président. Qu'il ait un intérêt pour Fortis, c'est évident. Qu'il en soit actionnaire, je l'espère pour lui !" Même Verwilst a fait sourire les actionnaires, en répondant à ceux qui s'inquiétaient de l'exposition d'ABN Amro à la crise financière : "Fortis a reçu des actifs d'ABN peu ou pas influencés par la crise. Ceux qui veulent parler de ces problèmes peuvent aller aux assemblées générales de Royal Bank of Scotland et de Santander", les deux partenaires de Fortis dans l'opération d'acquisition d'ABN Amro. Une autre session d'information, en français, aura lieu ce jeudi au même endroit.