Le géant gazier russe Gazprom a annoncé jeudi avoir choisi comme partenaire le groupe français Total pour développer le gigantesque gisement russe de Chtokman, un revirement après l'annonce en octobre 2006 que Gazprom développerait seul ces réserves très convoitées.

"Gazprom a choisi son partenaire étranger pour la réalisation de la première phase du gisement de Chtokman, il s'agit de la compagnie française Total", a annoncé le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, dans un communiqué. Le groupe français était en concurrence notamment avec la compagnie américaine ConocoPhillips, présélectionnée comme elle en 2005 pour participer au développement de ce vaste champ gazier de la mer de Barents, avant d'être remerciée.

Total, qui doit officialiser cet accord vendredi au siège de Gazprom à Moscou, a confirmé depuis Paris "des discussions très avancées" avec Gazprom, sans s'étendre sur les détails. M. Miller a précisé quant à lui que cet accord ne concernait que la gestion du projet: Gazprom conservera l'ensemble des licences d'exploitation de ce vaste gisement, l'un des rares au monde à ne pas avoir encore été exploité. Les deux groupes seront associés (à hauteur de 75% pour Gazprom et de 25% pour Total dans un premier temps) au sein d'une société commune qui sera seulement "propriétaire de l'infrastructure" de l'exploitation gazière.

Interrogé sur les limites de l'accord négocié par Total, qui le cantonne aux seules infrastructures, Al Breach, analyste en chef de la banque d'investissements UBS Warburg, en minimise les termes. "Ils ne possèdent pas les réserves, et alors? La compagnie commune est celle qui possède les infrastructures et engrangera les bénéfices", dit-il. L'analyste qualifie cet accord de "victoire majeure" non seulement pour la France, mais pour l'ensemble de l'Europe, au détriment des Etats-Unis.

Gazprom avait en effet prévu au départ de livrer le gaz de Chtokman sous forme liquéfiée vers les Etats-Unis, avant d'annoncer ces livraisons vers l'Europe par un gazoduc sous la mer Baltique. Les premières livraisons sont prévues à l'horizon 2013 pour ce champ gazier aux réserves estimées à 3.700 milliards de m3. Cette annonce tranche avec les récents déboires des majors occidentales en Russie, confrontées à une politique de réappropriation par l'Etat des réserves d'hydrocarbures. Total n'a pas échappé à ce mouvement, avec des attaques contre ses projets, notamment à Khariaga.

Le PDG de Gazprom a évoqué la possibilité de faire entrer dans cette société commune avec Total "encore un ou plusieurs partenaires étrangers, jusqu'à une hauteur de 24%, grâce à une baisse de la participation de Gazprom". "Mais dans tous les cas, Gazprom conservera au moins 51% des actions de cette compagnie, et 100% de la compagnie propriétaire des licences (d'exploitation) du gisement et possèdera l'ensemble des ressources extraites", a précisé M. Miller.

Cette annonce de l'entrée d'une major occidentale dans la gestion de Chtokman était attendue depuis les déclarations du ministre de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, en décembre 2006, suggérant que la Russie avait besoin de technologies étrangères pour le développer.

Depuis, les entreprises occidentales avaient discrètement repris leurs négociations pour décrocher le gros lot.