L'opération de sauvetage de la banque d'affaires américaines Bear Stearns organisée ce week-end par la Fed, a entraîné lundi un nouveau décrochage du dollar face à l'euro et au yen, ainsi qu'une dégringolade de l'ensemble des Bourses mondiales.

La Bourse de New York a ainsi ouvert en forte baisse, le rachat de la banque Bear Stearns pour une bouchée de pain laissant craindre une crise financière encore plus grave que prévu: le Dow Jones lâchait 1,62% et le Nasdaq perdait 2,03%. Le président américain George W. Bush a reconnu que les Etats-Unis vivaient des temps économiques "difficiles" mais a assuré que la situation était maîtrisée. Des propos qui n'ont pas apaisé les marchés. "Ce rachat (de Bear Stearns, ndlr) semble montrer que nous entrons dans une phase difficile de la crise en cette fin de premier trimestre", estimaient les analystes de CM-CIC Securities.

Les mauvaises nouvelles américaines, auxquelles s'est ajouté la publication de plusieurs indicateurs moins bons que prévu outre-Atlantique, ont également plombé l'ensemble des Bourses asiatiques et européennes.

La Bourse de Paris accélérait sa baisse en début d'après-midi. A 14H55 (13H55 GMT), le CAC 40 lâchait 2,83% à 4.462,23 points, dans un volume d'échanges de 4,58 milliards d'euros. Une heure plus tôt, l'indice chutait de 3,20% à 4.445,21 points, dans un volume d'échanges de 3,93 milliards d'euros après s'être retrouvé à l'ouverture pour la première fois depuis le 16 novembre 2005 sous la barre psychologique des 4.500 points. La baisse depuis le début de l'année est supérieure à 20%, une amplitude fréquemment considérée par les spécialistes comme témoignant d'un krach.

Le mouvement a été identique sur les autres places européennes: à 13H45 GMT l'indice Footsie-100 perdait 2,81% à Londres et l'indice vedette Dax 3,65% à Francfort. Vers 13H45 GMT, l'Ibex madrilène cédait 2,25% et l'indice milanais perdait 2,80%, tandis que le SMI suisse abandonnait 3,95%. Les Bourses nordiques n'étaient pas épargnées, l'indice suédois Stockholm All Shares cédant 3,6% vers 14H00 GMT, tandis que l'indice danois Copenhagen OMXC20 perdait 2,60%, l'indice norvégien cédait 2,95%, et le finlandais OMX Helsinki 3,52%.

Les places asiatiques ont ouvert le mouvement de baisse de la journée, l'indice Hang Seng de la Bourse de Hong Kong clôturant en chute de 5,18%, la Bourse de Shanghai terminant à -3,6% tandis que l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo dégringolait de 3,71%, tombant sous la barre symbolique des 12.000 points pour la première fois depuis plus de deux ans et demi. Quant à la Bourse de Bombay, elle a chuté de 6,03% à la clôture.

Les bourses où les valeurs bancaires sont particulièrement à la peine, s'inquiétent d'une propagation du cas Bear Stears à d'autres banques, cette dernière promise à la faillite ayant été rachetée à la va-vite dimanche à un prix dérisoire par son homologue américaine JPMorgan. La banque d'investissement perdait ainsi 87,80% à 3,66 dollars lundi tandis que la banque Lehman Brothers chutait de 34,28%, à 25,80 dollars, victime de rumeur la désignant comme le prochain domino susceptible de tomber. L'ensemble des places boursières souffre également de la dégringolade continue du dollar et des records parallèles de l'euro, de la hausse ininterrompue du pétrole, ainsi que de la nouvelle intervention en urgence de la Réserve fédérale américaine, qui n'a en rien rassuré les investisseurs.

L'euro a atteint un nouveau pic historique de 1,5905 dollar lundi dans les échanges asiatiques, faisant sauter successivement et en quelques heures les seuils des 1,57, des 1,58 et des 1,59 dollar. Le précédent record (1,5668 dollar) datait de seulement vendredi soir. Vers 14H00 GMT, il s'échangeait à 1,5717 dollar. Le billet vert quant à lui s'est enfoncé largement sous la barre des 100 yens qu'il avait franchie à la baisse la semaine dernière pour la première fois en douze ans, pour atteindre un creux de 95,11 yens vers 14H00 GMT.

Par ailleurs, l'or a décroché un nouveau record historique pour atteindre vers 02H00 GMT 1.032,70 dollars sur le London Bullion Market. Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a estimé lundi que la crise financière actuelle allait "durer assez longtemps avec de graves conséquences".

Aucun pays n'est à l'abri, a renchéri le président de la Banque mondiale (BM), Robert Zoellick, rejetant la théorie d'un "découplage" entre les pays occidentaux en difficulté et les pays émergents à forte croissance. L'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, a enfin ajouté sa pierre au pessimisme ambiant en affirmant au Financial Times que la crise actuelle pourrait être "la plus grave" depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les opérateurs n'ont pas été rassurés par la baisse du taux d'escompte (le taux des prêts aux grandes institutions financières) décidé ce week-end par la Réserve Fédérale américaine, à 3,25% contre 3,50%. "Le malaise et le sentiment d'insécurité du marché au sujet de l'économie américaine est ce qui fait battre de l'aile le dollar", a expliqué Masaki Fukui, économiste des changes chez Mizuho Corporate Bank. "Et l'abaissement du taux d'escompte par la Fed n'a servi qu'à souligner que la crise est très sérieuse", a-t-il ajouté.