Mensonges ! Tromperie ! Germinal ! Alice au pays des merveilles !" Ambiance des grands jours mardi à l’Assemblée nationale, où l’opposition de gauche et du centre s’est déchaînée dès l’entame du débat sur la réforme du régime du travail dominical. En retour, la majorité sarkozyste et ses alliés néocentristes ont accusé la minorité de se livrer odieusement à la "caricature" , à l’"amalgame" , bref à de "médiocres débats politiciens" . Le sujet est si sensible que les hauts cris résonneront sans doute pendant toute la semaine au Parlement.

C’est la quatrième fois depuis son retour au gouvernement, en 2002, que la droite tente de réformer la loi sur le travail du dimanche. Chaque fois auparavant - et y compris lors de la dernière tentative en date, fin 2008 -, l’UMP s’est heurtée à une telle résistance qu’elle a dû faire marche arrière. Cette résistance émanait y compris d’élus de droite : d’élus soit attachés à la tradition chrétienne du dimanche férié, soit relayant le lobby des commerces de proximité opposés à une généralisation de l’ouverture des grandes surfaces, soit représentant des circonscriptions où les magasins sont déjà ouverts le dimanche et qui redoutent la concurrence de nouvelles zones commerciales ouvertes ce jour-là.

Il faut "mettre un terme à la jungle actuelle !" , a insisté mardi le ministre du Travail, Xavier Darcos. De fait, aujourd’hui en France, c’est le fouillis en la matière : entre zones commerciales ouvertes de facto le dimanche, mais sans autorisation, dérogations ou d’interdictions d’ouverture au cas par cas, etc. La situation est même parfois courtelinienne. Ainsi, l’exemple maintes fois cité par Nicolas Sarkozy des Champs-Elysées parisiens, dont aujourd’hui un flanc a ses commerces ouverts le dimanche et l’autre... ses magasins fermés le même jour.

Le principe du repos dominical, consacré par une loi de 1906, "est sacralisé" , a insisté l’UMP, mardi. Et pour le reste de la future loi ? "Pour l’instant, c’est un peu complexe" , a reconnu Xavier Darcos. En résumé, le futur régime maintiendrait dans toute la France la possibilité actuelle de cinq ouvertures dominicales. En plus, dans trois "périmètres d’usage commercial exceptionnel" (pour les agglomérations de Paris, Lille et Marseille-Aix), le travail dominical serait possible toute l’année et basé sur le volontariat, le repos compensateur et le doublement de la rémunération du salarié. Dans de futurs "zones et communes touristiques", les maires pourraient autoriser le travail tous les dimanches, sans que le statut et la rémunération des travailleurs soient, pour l’instant, précisés.

Le nombre exact de ces zones est sujet à controverse. La droite dément "la généralisation du travail du dimanche" pronostiquée par le PS. Mais elle défend mordicus la réforme. Pour le ministre chargé du Plan de relance, Patrick Devedjian, c’est "un comble d’interdire aux gens de travailler" le dimanche alors que le pays connaît "autant de chômage" ; la réforme "va faciliter la vie de consommateurs tout en protégeant les salariés ". Réplique des opposants : a fortiori en cette ère de crise mondiale, de chômage et de précarisation, "le travail dominical n’aura pas d’impact sur la croissance, car le pouvoir d’achat n’est pas extensible" . Dixit le leader syndicaliste Bernard Thibault : "Même avec des magasins ouverts le dimanche, les Français ne dépenseront pas plus que ce qu’ils gagnent." La gauche s’indigne aussi que les salariés travaillant déjà le dimanche ne verront ni leur paie doublée ni des repos compensateurs leur être octroyés. Quant au principe du volontariat du salarié de travailler ou non le dimanche, "c’est la liberté de la poule face au renard !" , s’est exclamé un député communiste mardi.

Député qui a poussé l’œcuménisme jusqu’à déplorer la fin de "la liberté d’aller à la messe le dimanche" . Les évêques de France ont dit leur hostilité à la généralisation du travail dominical, incompatible avec la préservation d’un "repère" de la "culture chrétienne" . Quant aux économistes, jusqu’à présent, on a surtout entendu ceux qui sont sceptiques sur l’impact de cette réforme sur la croissance et sur l’emploi. Mais, la majorité ayant persisté, l’opinion, assez logiquement, y perd un peu son latin. Ainsi, le dernier sondage en date, publié cette semaine, montre que les Français sont assez partagés : 42 % se disant favorables à la réforme contre 55 % la rejetant.