La crise financière a eu une conséquence heureuse : raviver le débat sur l’introduction d’une taxe Tobin (LLB 29/8). Ce prélèvement sur les transactions financières est considéré comme l’une des solutions à mettre en œuvre pour juguler les dérives de la spéculation. Beaucoup d’éminents économistes ont plaidé pour cet impôt qui consiste à ponctionner un pourcentage très réduit (entre 0,01 % et 0,5 %) sur le produit de chaque transaction financière afin de décourager une spéculation débridée. Et ce, sans nuire aux opérations de bon père de famille, pour lesquelles la taxe serait indolore, étant donné son taux très faible. Le problème est qu’une telle mesure ne se concevrait qu’à l’échelon international ou, à tout le moins, au niveau européen. En effet, les Etats refusent d’appliquer cette taxe en solo, de peur d’encourager la fuite à l’étranger d’investisseurs calculateurs. C’est donc à l’étage européen que le débat devrait avoir lieu. Récemment, des personnalités des milieux financier et politique de divers pays d’Europe ont eu le courage d’affronter le puissant lobbying bancaire en plaidant pour l’introduction de cette taxe sur les transactions financières. C’est notamment le cas d’Adair Turner, le président de la FSA ("Financial Services Authority"), l’autorité de surveillance du secteur financier du Royaume-Uni. Au sommet des pays du G20, à Pittsburgh, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a également plaidé pour la taxe Tobin. La réflexion sur ce prélèvement fiscal se prolongera au Fonds monétaire international qui est chargé d’étudier différents moyens de remédier aux conséquences de la crise financière. Seule fausse note : le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, s’est déclaré contre une taxe Tobin, sans autre forme d’explication. Cette prise de position du patron de la BCE est étonnante et malheureuse. Quel est son intérêt à s’opposer à un tel système fiscal ? Ne risque-t-il pas de tuer dans l’œuf la première opportunité d’instaurer une taxe pourtant souhaitable ?