L'exploitant du tunnel sous la Manche croule sous une dette de 9,06 milliards d'euros, répartie sur de très nombreux créanciers.

Elle est avant tout ventilée en trois catégories, senior ou principale (532 millions d'euros, soit moins de 6 pc), junior (5,77 milliards d'euros, soit 63,7 pc) et subordonnée (2,755 milliards d'euros, 30,41 pc), elles-mêmes subdivisées en huit «collèges». L'accord de 75 pc des créanciers dans chaque collège est indispensable.

Les dettes senior et junior sont essentiellement bancaires, majoritairement détenues par des créanciers réunis au sein du «comité ad hoc» qui a signé fin mai un accord de refinancement avec la direction d'Eurotunnel, rejeté depuis par d'autres prêteurs. Ce comité réunit la Banque européenne d'investissement (BEI) et deux fonds d'investissement américains, Franklin Mutual Advisers et Oaktree Capital Management. Y figurent aussi Ambac et MBIA, gérant des bons municipaux américains.

Prix fluctuants

La dette «subordonnée» est, comme son nom l'indique, celle dont les détenteurs, appelés «obligataires», passent en dernier dans l'ordre de remboursement. Ce sont eux qui, s'estimant lésés, s'opposent le plus durement aux propositions de la direction d'Eurotunnel et du «comité ad hoc». Au sein des «subordonnés», on trouve des banques, comme la Deutsche Bank (qui, avec plus de 25 pc de dette dans son collège, disposerait, selon le PDG d'Eurotunnel Jacques Gounon, d'une petite minorité de blocage), ou des fonds spéculatifs américains comme Resurgence ou Elliot.

A noter que ces chiffres prennent en compte la valeur d'origine de la dette, dite valeur faciale. En réalité, ces différentes créances se négocient sur le marché financier à des prix fluctuants et bien inférieurs. Selon certains, la dette subordonnée se négocierait aux alentours de 10 pc de sa valeur, soit 270 millions d'euros.

© La Libre Belgique 2006