Selon l’association de consommateurs Test-Achats, la baisse de la TVA dans l’Horeca n’a pas fait reculer les prix. Un argument qui avait pourtant été avancé par certains pour précisément obtenir cet abaissement.

Peu de temps après l’instauration de la baisse de la TVA, vous avez mis en place une étude. Quelles ont été ses conclusions ?

L’étude que Test-Achats a faite ne consistait pas à valider l’aspect de la mesure qui avait pour objectif de créer de l’emploi. Ça, ce n’est pas à nous de le vérifier, c’est au ministre des Finances lui-même, voire peut-être au syndicat, ou à d’autres instances. Nous, notre objectif, c’était de dire : comparons les prix et voyons si cela a des répercussions positives ou négatives tout en sachant que certains représentants de l’Horeca avaient avancé l’argument “prix” pour influencer le cours des choses et donc obtenir cette mesure. Le constat est assez édifiant, c’est que, malheureusement, en moyenne, les prix n’ont pas baissé et on n’a pas pu confirmer que cela avait créé de l’emploi, donc cela nous laisse perplexe. A la suite de notre enquête, le ministre Reynders a été interpellé au Parlement, notamment. Il a dit qu’il allait évaluer la mesure sur le plan socio-économique, mais on attend toujours. On attend d’autant plus que nous avons un gouvernement en affaires courantes. Au moment de l’enquête, nous avions demandé que cette mesure soit évaluée soit par le Conseil central de l’économie, soit par la Banque nationale.

Comment analysez-vous le fait d’avoir pris une telle mesure ?

C’était une mesure politico-politique, qui a sans doute ses partisans, dans certaines catégories d’hommes politiques, apparemment au MR. Ils espéraient s’attirer un type d’électeurs. Mais au-delà de ça, au sein même de l’Horeca, il y a des opposants. Est-ce qu’on a vraiment mis tout le monde autour de la table et pesé le pour et le contre ? Moi je n’ai pas l’impression. C’est davantage une mesure effet d’annonce qu’une mesure structurelle, socio-économique.

Au départ, donc, vous n’étiez pas favorable à cette mesure ?

On était assez sceptique sachant qu’il peut toujours y avoir un effet de rattrapage. Vous avez cela dans toute une série de mesures fiscales. Il faut savoir que ce que l’on vous donne d’une main, on le reprend de l’autre. Nous étions d’autant plus sceptiques que la formation des prix, dans le secteur de l’Horeca, est toujours quelque chose de très délicat. On l’a vu au moment du passage à l’euro, il y a eu des effets pervers de rattrapage, d’arrondis à la hausse. Ce secteur est particulièrement opaque, difficile à approcher. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle dans l’enquête de février, qui a duré un peu plus de 4-5 mois, nous avions couplé la restauration et les boissons. Pour voir s’il n’y avait pas eu d’effet de rattrapage sur les boissons. Qu’une baisse de la TVA sur un type de produit n’occasionnait pas une hausse sur un autre. Ce n’est pas le cas, même s’il est parfois difficile d’appréhender une telle évolution.

Si une évaluation a lieu un jour et que ses conclusions s’avèrent négatives, qu’en sera-t-il ?

Je crains fort qu’on ne fasse pas marche arrière. Qu’on laisse en l’état. En se disant, finalement, c’est une opération blanche, cela n’a pas augmenté les prix, cela ne les a pas diminués non plus. Avec le courage que l’on a dans ce pays, c’est une mesure qui n’ira pas plus loin. L’Etat aura perdu de l’argent. Je pense qu’il aurait mieux valu se concentrer sur le fait qu’il y ait moins de travail au noir. Faire en sorte que la manne financière serve à créer des emplois. Il ne faut pas non plus oublier que pour le secteur, cela aura créé des frais annexes supplémentaires, comme les fameuses caisses enregistreuses, ainsi que l’obligation de tenir une comptabilité serrée, etc.

La Fédération Horeca s’estime “à l’aise”, voire même “contente”. Elle ne peut préciser le nombre d’emplois créés, mais confirme que son secteur s’est mieux sorti de la crise que les autres. Grâce à cette baisse de TVA.

L’Horeca s’était engagé à créer 2000 emplois cette année, grâce à l’abaissement de la TVA. Pari tenu ?

J’aimerais pouvoir vous répondre mais c’est un calcul que nous n’avons pas fait. Et que nous attendons du SPF Finances. C’est de sa responsabilité. Par contre, je peux d’ores et déjà dire que l’on est dans le bon et qu’on est content : la masse salariale a, en effet, augmenté, en 2010, de 3 à 4%. Cela veut dire que, comparé à l’ensemble des autres secteurs, on a pu maintenir l’emploi et faire face à la crise. On est dans le positif. Le secteur a été un peu assaini. Cet abaissement de la TVA a donné de l’oxygène à nos entreprises, a permis à certaines de passer plus ou moins bien la crise. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de faillites. Il y a énormément de gens – et j’en ai vu défiler beaucoup dans mon bureau – qui ont perdu leur entreprise. Mais, globalement, cette TVA réduite a permis beaucoup de choses. Même si, finalement, on a peu reçu…

Vous faites référence aux 6% que vous visiez au départ ?

Et que l’on vise toujours. C’est notre priorité pour le futur : 6% sur la nourriture (contre 12% aujourd’hui) et 6% sur les boissons non alcoolisées (contre 21%) ainsi que sur la bière, alcoolisée certes, mais qui est un produit national. Et on ne va pas s’arrêter là: on va aussi demander la révision des charges patronales. Comme la TVA, c’est un levier pour créer de l’emploi. Or, c’est l’emploi qui compte. Toute l’Europe le dit aujourd’hui. Nous, cela fait des années qu’on le dit. En France, des études l’ont démontré, l’abaissement de la TVA a permis la création de 30 000 emplois; même si, ces derniers mois, il y a eu une perte de 2 000 à 3 000 emplois.

Pour l’emploi, justement, que fait la Fédération ?

On a fait notre part du boulot, mais en fonction des outils mis à notre disposition. On a créé le “centre de référence” (le nom ne vient pas de nous) qui forme des demandeurs d’emploi. Il y a encore peu d’inscrits (quelques dizaines), mais tous ceux qui ont été formés ont été engagés. J’ai demandé un subside (1 million d’euros) pour communiquer, mais je n’ai pas eu de réponse. On a également des contacts avec Bruxelles Emploi. Et notre site “Horeca job” profite d’un bel écho : 500 demandeurs d’emplois inscrits.

L’abaissement de la TVA devait également permettre de lutter contre le travail au noir. En imposant, entre autres, des caisses enregistreuses. Qu’en est-il de ce volet ?

Si nous obtenons les 6%, nous nous engageons, au sein de la Fédération, pour une tolérance zéro. Les restaurateurs devront jouer le jeu, avoir une bonne gestion d’entreprise. Si nous n’obtenons pas les 6%, ce volet ne sera jamais clôturé. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’est pas pour nous que nous demandons cet abaissement. Mais pour vous, pour les citoyens qui n’ont pas les moyens de payer plus, pour être compétitifs, qualitatifs…

D’autres chantiers… sur le gril ?

Réduire les coûts énergétiques et de l’eau; moderniser et renouveler l’outil… Et, surtout, changer la vision que l’on a de l’Horeca. Il faut le respecter. Arrêter de revenir à tout bout de champ sur le tabac dans l’Horeca, la TVA dans l’Horeca, etc. Changer la vision, c’est aussi donner aux jeunes l’envie de travailler dans notre secteur.