L’année 2009 restera probablement comme celle de Twitter. Fondée il y a trois ans, cette start-up US vous permet de raconter votre vie en temps réel par l’intermédiaire de "gazouillis" ("tweets"), c’est-à-dire des messages en 140 caractères maximum que vous envoyez avec votre ordinateur ou votre téléphone portable.

Application vedette chez les "geeks", Twitter a accédé à la notoriété mondiale lors des manifestations géantes qui ont suivi les dernières élections présidentielles en Iran. Durant ces événements, les membres de l’opposition ont recouru à Twitter pour organiser leur mouvement et contourner ainsi la répression du pouvoir religieux.

Propulsé sur le devant de la scène médiatique, Twitter a vu son audience exploser en conséquence : ce service de "micro-blogging" revendique, aujourd’hui, quelque 50 millions d’utilisateurs à l’échelle planétaire. Et en Belgique ? Twitter ne dévoile aucune statistique par pays. Faute de chiffres exacts, on peut toutefois se référer à la veille mise en place par Commentag, une jeune société belge spécialisée dans les applications dérivées pour Twitter. "Selon notre monitoring, il y a environ 59 000 Belges qui se sont déjà inscrits sur Twitter", indique un de ses dirigeants Xavier Damman. Cette évaluation est parcellaire puisqu’elle ne recense que les utilisateurs qui mentionnent explicitement leur localisation géographique.

Même avec une pondération raisonnable de 30 % qui compenserait ce déficit d’information, Twitter demeure cependant loin derrière un Facebook qui affiche plus de 2 541 000 membres chez nous. Cette tendance est corroborée par "Google Trends for Websites", un service de Google qui fournit des estimations sur l’audience des sites Internet. On y apprend qu’en Belgique, Twitter aurait franchi la barre des 7 000 visiteurs uniques par jour depuis juin dernier. Malgré cette progression, Twitter reste très éloigné de Facebook qui, selon le même outil, flirterait quotidiennement avec le seuil des 300 000 visiteurs uniques sous nos latitudes.

Comment expliquer le manque d’intérêt des internautes belges pour le gazouillement sur Internet ? Le principal frein est probablement lié au faible développement sur notre marché de l’Internet mobile, qui reste l’apanage des professionnels et des esprits les plus technophiles. Or, Twitter ne révèle toute son envergure qu’une fois dans votre poche, ce qui vous permet alors de participer sans trêve à la gigantesque conversation qui se déroule en permanence sur cette plate-forme.

On peut néanmoins espérer que l’arrivée de cartes prépayées pour l’Internet mobile chez Proximus et Mobistar changera graduellement la donne.

Autre raison de ce faible engouement : le service lui-même. De tous les réseaux sociaux sur Internet, Twitter est probablement le plus chronophage en raison du caractère instantané des échanges qui se produisent entre utilisateurs. Sur Twitter, dix minutes de pause ou d’inattention suffisent, en effet parfois, à perdre le fil d’une discussion

Une contrainte moins pesante sur Facebook où le décalage temporel est davantage intégré au mode d’interaction entre les membres. Média de l’immédiat par excellence, Twitter se signale aussi par son interface peu hospitalière et son jargon assez particulier qui découragent souvent les néophytes après quelques jours.

Des écueils mis en exergue par les résultats d’une récente étude conduite au premier semestre par le cabinet Sysomos : 85 % des utilisateurs de Twitter enverraient moins d’un message par jour, tandis que 5 % seraient responsables de 75 % de toute l’activité sur la plate-forme.

Bref, tout le monde peut gazouiller sur Twitter. Mais certains gazouilleurs sont peut-être plus égaux que d’autres