La filiale belge de la plateforme américaine demande de laisser la justice faire son travail avant de prendre une telle mesure et presse le gouvernement bruxellois d'enfin réformer et moderniser le secteur, et ce sans plus attendre. L'ordonnance qui règlemente actuellement le secteur des LVC date de 1995. Elle stipule que les contrats de réservation doivent être d'une durée de trois heures minimum et que les commandes de courses via le système de géolocalisation d'un téléphone portable sont interdites. C'est cette règlementation que le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort a décidé d'appliquer strictement depuis jeudi dernier.

Or l'application Uber X (ou Heetch, du nom d'une autre plateforme similaire présente à Bruxelles, NDLR) est la source principale, voire unique, de revenus pour les quelque 2.000 chauffeurs actifs dans la capitale, chez qui cette décision suscite inquiétude, incompréhension et stress, déplore-t-on chez Uber Belgique.

"Un jugement rendu par le tribunal de première instance de Bruxelles en 2019 dit en outre que l'usage des smartphones n'est pas interdit aux chauffeurs LVC", souligne Laurent Slits, patron d'Uber Belgique. La cour d'appel a ensuite saisi la Cour constitutionnelle, qui doit encore déterminer si l'interdiction éventuelle serait bien constitutionnelle, non discriminatoire et conforme à la liberté d'entreprendre.

Le responsable demande donc à l'administration et au ministre-président bruxellois de laisser la justice faire son travail avant de prendre une décision. Celle prise la semaine dernière est, en tous cas, "inacceptable", fustige-t-il.

A ses yeux, cette histoire de smartphone n'est que la pointe de l'iceberg et l'un des signes que la règlementation globale du transport rémunéré de personnes dans la capitale est "complètement dépassée", elle qui date de 1995.

Une réforme est dès lors "absolument indispensable" pour aller de l'avant et doit avoir lieu "maintenant". Elle avait pourtant été inscrite dans l'accord de gouvernement bruxellois en 2014 mais, malgré plusieurs tentatives du ministre de la Mobilité d'alors Pascal Smet, "elle n'a pas abouti", regrette Laurent Slits. L'accord de gouvernement de 2019 dit que le gouvernement va s'atteler à cette réforme. "Mais, deux ans plus tard, nous n'avons toujours vu aucune avancée et on change en outre les règles du jeu en cours de route", s'offusque le patron d'Uber Belgique.

Il est urgent que le gouvernement parle aux 2.000 personnes concernées et à leur famille, presse-t-il encore, eux qui ont à coeur de respecter les règles, ont obtenu une licence et se sont endettés pour acheter un véhicule adapté (de luxe, soit grand, large et cher) à la réglementation. "Leur job en dépend!"

La filiale de la plateforme américaine n'a pas encore introduit de recours légal contre la décision prise la semaine dernière, voulant laisser la place au dialogue et ne préférant pas se lancer dans une bataille juridique supplémentaire. Le service Uber X reste donc actif pour le moment dans la capitale et l'entreprise appelle le gouvernement bruxellois, qui se réunit jeudi matin, à ne pas appliquer l'interdiction des smartphones.

"Bannir les plateformes ne va pas rendre le secteur plus sain, au contraire", estime encore Laurent Slits. "D'après une étude du cabinet Deloitte commandée par le gouvernement bruxellois, les pertes pour le secteur traditionnel des taxis sont restées plus ou moins identiques entre 2013 et 2019. Or Uber X n'est arrivé qu'en 2016. L'argument de dire que les plateformes prennent du business aux taxis est donc faux. Elles ont fait grandir le marché, sur lequel il y a de la place pour tout le monde."