Tout le monde a, au moins une fois dans sa vie, eu ou aura besoin des conseils d’un avocat. La coutume veut que l’on se tourne habituellement vers celui ou celle que nos amis ou nos proches vont nous conseiller. La notoriété et la médiatisation de certains “maîtres” pèse également dans nos choix. Mais comment savoir si l’avocat choisi sera l’homme ou la femme de la situation ?

Quelle est son expérience ? Quelles sont ses compétences, ses tarifs ? Combien de temps faudra-t-il pour traiter mon dossier ? Si aujourd’hui, le flou persiste pour la plupart de ces questions, l’avocat fiscaliste Xavier Gillot et le maître du commercial Laurent Sauté ont décidé de lance r uLaw, une plateforme qui permet d’accompagner clients et avocats dans leurs relations. Comment fonctionne ce “airbnb” du droit ? Les deux associés de uLaw nous l’expliquent dans un entretien exclusif.

Un projet aux idées parfois trop ambitieuses que Xavier Gillot a adapté depuis le lancement du ‘MVP’ en novembre 2018 en vue le rendre davantage conforme aux attentes des clients de la plateforme. Si l’idée est originale, sa mise en place est plus complexe, notamment de par le modèle économique de la plateforme, car l’information liée au domaine juridique est soumise à une série de règles.

La concrétisation de uLaw prendra la forme que l’on connaît aujourd’hui lorsque Xavier Gillot adaptera le concept mis en ligne fin 2018 aux remarques des premiers membres et clients de la plateforme tout en renforçant l’équipe en faisant appel à un de ses amis d’enfance, Laurent Sauté, véritable maestro du commercial.

“J’avais mes idées, parfois un peu trop idéalistes, mais elles se sont affinées à l’aide des utilisateurs qui ont guidés la fin de développement de la plateforme et à présent, Laurent instaure un cadre commercial totalement en phase avec les attentes des avocats qui souscrivent à uLaw mais aussi aux justiciables qui se rendent sur la plateforme”, raconte Xavier Gillot, sous le regard attentif de Laurent Sauté qui reprend sans transition : “Il apporte son expérience juridique, je peaufine avec mon expérience de commercial. Ensemble, nous proposons un outil inédit qui a réussi à rassembler plus de 200 avocats et près de 700 clients alors que la campagne de communication n’a pas encore été entamée. Cela confirme non seulement que la plateforme a sa raison d’être mais en plus que nous venons combler une demande à travers une offre qui diffère complètement de ce qui existe aujourd’hui. Les sites en ligne pour demander des conseils juridiques, il y en a des dizaines sur Internet. Mais uLaw est différent. La preuve : il rassemble déjà aujourd’hui plus de monde que sur ces forums déjà existants”.

Prévisibilité et transparence

Comment fonctionne donc uLaw ? Le principe est le suivant : une personne lambda se trouve face à un problème d’ordre juridique mais ne sait pas vers qui se tourner. Elle a l’opportunité de poser sa question via uLaw. La problématique sera ensuite reçue par les avocats compétents dans les matières liées à la question. Si l’un des avocats est intéressé par le dossier, il répond en soumettant un devis. Les justiciables ont ainsi l’opportunité de choisir l'avocat de leur choix. “Lorsqu’une question est posée, les individus auront d'ici quelques jours la possibilité de le faire de façon anonyme. Dans tous les cas, elle ne sera reçue que par les avocats qui traitent les matières concernées et seuls ceux qui soumettent un devis et des tarifs transparents ainsi qu’un délai concret pourront répondre. Les justiciables pourront ainsi choisir leur avocat potentiel sur base des informations communiquées, à savoir tarif et prévisibilité. Le curriculum vitae détaillé de l’avocat sera également disponible ainsi qu’une notation ”, expliquent les deux hommes.

Les avocats peuvent effectivement être “notés” sur la base d’un algorithme unique établissant une note composite : les compétences techniques de l’avocat sont évaluées par uLaw sur la base d’informations confidentielles et cette évaluation est pondérée avec une évaluation davantage ‘commerciale’ de l’avocat par ses clients. Quid de l’avocat mal noté ? “Nous essayerons de comprendre ce qui explique ses mauvaises cotations pour ensuite le coacher et l’aider à évoluer. L’idée n’est pas de mettre une note à un pénaliste sur base des procès gagnés ou perdus. Le droit n’est pas une science aussi exacte! Non, la notation sera établie sur base de critères différents : transparence des tarifs, efficacité dans le traitement et - oui nous insistons - la prévisibilité car un avocat qui prend votre dossier pour disparaître deux mois et réapparaître d’un coup, cela ne crée pas un climat de confiance propice à une collaboration fructueuse entre l’avocat et son client. Ces habitudes sont malheureusement nombreuses et nous voulons lutter contre cela, dans l’intérêt des avocats également”, précise Xavier Gillot.

Qui paie ? Combien? Pour qui?

Le modèle économique de uLaw a été soigneusement pensé et peaufiné par Laurent Sauté depuis qu’il a rejoint le projet. Pour le justiciable, les services sont entièrement gratuits. Les seuls frais à sa charge seront ceux qui devront être payés à l’avocat qui sera chargé du traitement du dossier.

Pour les avocats, l’inscription est également gratuite mais la majorité des autres services sont payants et les formules sont diverses ; pour y arriver, plusieurs moutures de uLaw ont été pensées.

En effet, l’avocature est soumise à des règles strictes. Une situation qui s’explique de par l’information en tant que telle, protégée par secret professionnel et par le caractère commercial de l’activité juridique qui est proscrit. “Les avocats ne peuvent pas, littéralement, être des vendeurs d’infos. Ce n’est pas ce que fait uLaw mais le cadre étant strict et extrêmement balisé, nous avons dû peaufiner ces aspects pour répondre aux obligations du domaine. Aujourd’hui, c’est le cas et l’Ordre du Barreau soutient d’ailleurs uLaw”, précise Xavier Gillot.

“Notre objectif n’est pas économique même si uLaw est une start-up. Le projet intègre une certaine vocation sociale et les services proposés sont effectivement payants pour les avocats qui s’inscrivent mais il s’agit de paiement de frais d’utilisation. On ne prend aucun pourcentage sur une quelconque affaire. Nous demandons simplement aux avocats de payer pour l’utilisation des applications développées par uLaw et pour les différents services administratifs que uLaw leur propose”, ajoute Laurent Sauté.

Des tarifs en fonction des méthodes de travail

Trois formules sont ainsi proposées aux avocats. Un business plan élaboré par Laurent Sauté qui jouit d’une longue expérience dans la construction d’entreprises et notamment dans la consultance. La première est une formule de type minimum ou, pour 45 euros par mois, un avocat a accès à un outil métier simplifié et on-line qui transpose les valeurs de transparence et de prévisibilité de uLaw (écrans partagés entre clients et avocats, étapes planifiées, facturation, paiement sécurisé, etc.).

La deuxième formule, pour 175 euros par mois, permet à un avocat d’avoir accès aux outils collaboratifs du réseau uLaw, à savoir l’écosystème qui réunit, au sein de la plateforme, l’ensemble des avocats et leur permet de travailler ensemble. “Concrètement, si un avocat prend une affaire liée à des questions fiscales mais qu’il a besoin du conseil d’un confrère, il pourra s'adresser aux avocats membres de la plateforme spécialisés dans le domaine. Car uLaw c’est aussi un réseau qui a pour ambition de rassembler les plus talentueux et les nouveaux avocats qui pourraient, via la plateforme, être en contact avec une clientèle plus compliquée à atteindre lorsqu’ils travaillent seuls dans leur cabinet avec zéro expérience au compteur”.

Enfin une troisième option est ouverte aux avocats, ce qu’on appelle un “one shot” pour 200 euros par dossier. “Cette option, imaginée par Laurent, permet aux avocats qui ne connaissent pas encore uLaw de “tester” le modèle en investissant un minimum pour un dossier, sans trop de risques donc et de voir si la formule convient pour, ensuite, souscrire un abonnement à 45 ou 175 euros. Avec ces trois options, tout le monde y trouve son compte”, résume Xavier Gillot.

Les clients ? Des PME principalement

Si uLaw est une plateforme ouverte à tout justiciable, les deux associés de la start-up précisent qu’à l’heure actuelle, la clientèle est constituée de PME. “Plus de 90% des clients sont des petites start-up ou des entreprises en tout genre mais uLaw est ouverte à tous”. Qu’en est-il des avocats ? La plateforme est-elle boudée par les gros cabinets pour plaire aux novices en la matière ? “C’est assez mélangé même si, dans la logique, les gros cabinets ne forment pas la majorité des avocats présents chez uLaw pour la simple et bonne raison que l’idée de réseau qui prévaut chez nous existe déjà dans ces quelques très grosses structures. Toutefois, nous avons des avocats qui, malgré leurs activités dans des cabinets de cette taille, trouvent un intérêt à s’inscrire sur uLaw. Pour accroître le réseau mais aussi pour faire appel à d’autres talents. Si un jeune avocat qui était hors des radars auparavant sort du lot de par la notation qu’il peut avoir sur la plateforme, il peut être certain qu’il sera plus facilement repéré via uLaw. Certains gros cabinets l’ont compris et commencent déjà à grossir les rangs. Par ailleurs, uLaw anticipe sur l’évolution constatée chez ces gros acteurs dans les pays avant-gardistes qui ont tendance à restreindre leurs effectifs pour éviter la sous-occupation mais font ponctuellement appels à des confrères pour étoffer leurs équipes en cas de besoin (« contracting lawyering »). uLaw se veut le vivier de ces profils”, explique les deux associés.

lls assurent enfin que les objectifs ne sont pas que commerciaux mais visent à rééquilibrer les marchés. "10% des grands cabinets d’avocats auraient, dans leurs portefeuilles, près de 50% des honoraires du marché. Au détriment d’avocats moins renommés mais pas moins compétents. A côté de ça, les justiciables partent du principe qu’il est “normal” de payer des sommes astronomiques pour un service juridique, que le tarif élevé garantit un travail de qualité. Toutes ces idées doivent être dépassées. Pour que le métier d’avocat se réinvente. Et pour permettre aux citoyens d’avoir un accès à la justice plus facile ou, du moins, plus transparent”, conclut le duo d’associés qui vient, sans trop s’en rendre compte, de lancer la première airbnb juridique du pays.

Bientôt ailleurs en Europe ? “Notre objectif, c’est d’avoir un uLaw européen mais commençons d’abord cette aventure belge avant de rêver plus loin”, s’exclament-ils tout sourire.